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14:09 1 mai 2020 | mise à jour le: 1 mai 2020 à 16:36 temps de lecture: 4 minutes

Coronavirus: le nombre de cas nettement sous-estimé au Québec et en Ontario, selon une étude

Coronavirus: le nombre de cas nettement sous-estimé au Québec et en Ontario, selon une étude
Photo: John Moore/Getty Images

Le nombre de cas de personnes infectées au coronavirus au Québec et en Ontario est nettement sous-estimé, selon une analyse universitaire. Ce qui vient confirmer l’importance d’augmenter le nombre de tests de dépistage, estiment des experts.

Selon une récente analyse menée par deux économistes de l’Université de Montréal et un chercheur de l’Institut polytechnique de Paris, on compterait plus de 12 fois plus de personnes atteintes du coronavirus au Québec que ce qu’indiquent les chiffres officiels. Selon cette analyse, le Québec comptait 256 130 cas en date du 22 avril. 

«En s’appuyant sur une méthode économique empirique, on a pu déterminer le nombre de personnes qui pourraient être atteintes de la COVID-19», explique l’économiste Raphaël Godefroy, de l’Université de Montréal, en entrevue à Métro

Pour dresser ce constat, les experts ont conçu une technique statistique à partir de données gouvernementales. Si l’écart est si grand entre les résultats de l’analyse universitaire et les données officielles, c’est parce que seulement une petite partie de la population est dépistée au Québec, souligne le co-auteur de cette analyse.

Un constat que partage le professeure la professeure Roxane Borgès Da Silva, qui enseigne à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

«Les chiffres du gouvernement s’appuient sur la stratégie de dépistage. Or, on n’a pas les moyens de tester l’ensemble de la population tous les jours pour analyser la réelle prévalence des cas», souligne l’experte.

Taux de mortalité plus faible

Questionné à ce sujet pendant la conférence de presse quotidienne du gouvernement Legault, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a d’ailleurs dressé une estimation du nombre de cas réels semblable à ce qui ressort de cette étude.

«On pense que la prévalence au Québec est probablement autour de 3, maximum 5%. Si on dit 3% de la population, ça doit être à peu près 250 000 [personnes atteintes du coronavirus]», a-t-il dit. 

Si ces chiffres peuvent paraître inquiétants, Raphaël Godefroy souligne plutôt qu’ils permettent  d’estimer que le taux de mortalité du coronavirus est bien plus bas que celui d’environ 7% que l’on peut calculer avec les données officielles. 

«Le taux de mortalité est probablement beaucoup plus faible que l’on pense.» –Raphaël Godefroy, économiste à l’Université de Montréal 

Augmenter le dépistage

Cette situation n’est pas unique au Québec. Selon l’analyse, il y aurait plus de 18 fois plus de cas positifs au coronavirus en Ontario. Vendredi matin, les autorités gouvernementales y recensaient 16 608 cas ainsi que 1121 décès. 

Face à ces constats, les auteurs de l’étude pressent Québec de mettre les bouchées double en matière de dépistage.

«Il faut augmenter la capacité de tests pour pouvoir vraiment isoler les gens qui sont malades», estime M. Godefroy.

Vendredi, Québec a pris l’engagement d’augmenter considérablement le nombre de tests de dépistage en prévision du déconfinement. Dans les prochaines semaines, les commerces de détail, puis les écoles primaires, ouvriront de nouveau leurs portes.

«La meilleure chose à faire, ce serait probablement d’augmenter le dépistage, mais on n’a pas des écouvillons pour tout le monde», soulève toutefois Mme Borgès Da Silva. 

La professeure affirme d’ailleurs que les tests de dépistage actuels ne permettent pas d’avoir les données suffisantes pour savoir si le Québec est véritablement prêt à permettre la réouverture de son économie.

«On n’a pas encore les données pour se questionner là-dessus», soulève-t-elle.

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