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16:45 6 mai 2020 | mise à jour le: 7 mai 2020 à 12:18 temps de lecture: 4 minutes

Coronavirus: les enfants à l’urgence s’ils ont des problèmes cardiaques

Coronavirus: les enfants à l’urgence s’ils ont des problèmes cardiaques
Photo: Josie DesmaraisLe CHU Sainte-Justine

Les parents dont les enfants éprouvent des problèmes cardiaques ne doivent pas hésiter à amener ceux-ci à l’urgence, malgré la peur du coronavirus, estiment des experts. Plusieurs tentent d’ailleurs de voir s’il y a un lien entre le virus et des cas atypiques d’une maladie infantile rare.

Les enfants atteints par la COVID-19 éprouvent généralement des symptômes bénins et guérissent dans la plupart des cas par eux-mêmes. Des pédiatres en Europe et aux États-Unis ont toutefois commencé à s’inquiéter dans les dernières semaines alors que des enfants, dont certains testés positifs au coronavirus, ont présenté divers symptômes inflammatoires associés à la maladie rare de Kawasaki, qui affecte surtout les enfants de moins de cinq ans. Aucun d’entre eux n’a perdu la vie.

Aussi au Québec

Dans les dernières semaines, le CHU Sainte-Justine a constaté une légère augmentation du nombre d’enfants atteints d’une forme atypique de la maladie de Kawasaki. Des experts de l’établissement ont d’ailleurs entamé une étude pour déterminer s’il y a un lien entre celle-ci et le nouveau coronavirus.

L’Hôpital de Montréal pour enfants entend aussi réaliser des tests sérologiques sur des patients atteints de la maladie de Kawasaki. Pour l’instant, toutefois, ceux-ci ont tous été testés négatifs au coronavirus, souligne à Métro la rhumatologue pédiatrique et experte sur la maladie de Kawasaki à l’Hôpital de Montréal pour enfants, Rosie Scuccimarri. 

La maladie de Kawasaki présente de nombreux symptômes. Les enfants atteints peuvent notamment faire de la fièvre, avoir des éruptions cutanées de même que des douleurs au ventre. Il s’agit aussi d’une maladie très inflammatoire. «Le problème, c’est que cette maladie-là finit par atteindre les artères, dont celles du cœur, ce qui peut être très problématique», explique à Métro Nicolas Noiseux, qui est chirurgien cardiaque au CHUM.

Un lien avec le coronavirus?

Les experts n’ont pas encore réussi à effectuer un lien clair entre cette maladie et le nouveau coronavirus. «Ce qui est certain, c’est que la COVID-19 peut entraîner des symptômes inflammatoires qui ressemblent à la maladie de Kawasaki», indique M. Noiseux.

Annuellement, l’Hôpital de Montréal pour enfants traite environ 30 à 40 enfants atteints de la maladie de Kawasaki. «Pour l’instant, on n’a pas vu une augmentation de cas», assure Rosie Scuccimarri. Si les recherches permettaient de tisser un lien entre les deux maladies, cela pourrait toutefois augmenter la prévalence de cette maladie rare chez les enfants, souligne Mme Scuccimarri. 

«C’est possible que s’il y a vraiment un lien, on verra une augmentation du nombre de cas [de la maladie de Kawasaki].» -Rosie Scuccimarri, rhumatologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on se veut prudent sur cette question. «Il faut faire attention à ne pas conclure hâtivement à une association entre la COVID-19 et le syndrome de Kawasaki. Il y a des dizaines de cas typiques de maladies de Kawasaki dans une année au Québec et encore davantage de cas atypiques. L’influenza ou d’autres virus peuvent déclencher des inflammations sévères», souligne le ministère par courriel. 

La peur d’aller aux urgences

Dans les dernières semaines, le nombre de visites aux urgences pour des infarctus et d’autres problèmes cardiaques en Ontario et ailleurs au pays a connu une baisse importante, selon des données compilées par la Fondation des maladies du coeur et de l’AVC.

Dans ce contexte, Nicolas Noiseux, qui est également porte-parole de la Fondation, craint que des parents décident de ne pas aller à l’urgence si leurs enfants atteints du nouveau coronavirus présentent des problèmes cardiaques. «Pour les parents, si on voit que les enfants ont des problèmes cardiaques, ça devient encore plus important de se rendre à l’urgence», martèle M. Noiseux.

Un constat que partage le professeur en sciences biologiques à l’UQAM, Benoit Barbeau. «Advenant que quelqu’un souffre de symptômes sévères autres que la COVID-19, il ne faut pas avoir peur d’aller aux urgences», souligne-t-il. 

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