National
08:52 15 septembre 2020 | mise à jour le: 15 septembre 2020 à 11:43 temps de lecture: 4 minutes

Report de paiements hypothécaires: Attention, propriétaires immobiliers sous pression

Report de paiements hypothécaires: Attention, propriétaires immobiliers sous pression
Photo: Andriy Popov/123rfLes demandes de reports de paiements hypothécaires ont augmenté de 15 000 entre juin et juillet 2020, passant à 775 000.

Les demandes de reports de paiements hypothécaires ont augmenté de 15 000 entre juin et juillet 2020, passant à 775 000. C’est donc dire que 15 000 demandes additionnelles ont été faites auprès d’un créancier hypothécaire en juillet par rapport au mois précédent, selon de récentes données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). On parle de reports d’une valeur mensuelle de 1G$.

Cela laisse présager de lourds lendemains. Et la SCHL s’en inquiète. «Il y a des risques importants pour les 3e et 4e trimestres, à l’échéance des ententes de reports», a dit Tania Bourassa-Ochoa, spécialiste principale, recherche sur le logement, de la SCHL, au cours d’un entretien téléphonique avec Métro.

«Cela nous indique que le printemps 2021 pourrait être ardu pour plusieurs emprunteurs, poursuit Mme Bourassa-Ochoa. Est-ce que tous les gens seront en état de reprendre leurs versements ? On ne le sait pas. Et ce même si l’économie a repris dans une certaine mesure, mais pas au niveau d’avant la COVID.»

L’analyste ajoute que le type des emplois a changé, certains devenant à temps partiel alors que d’autres ont tout simplement disparu.

Hypothèque mensuelle moyenne de 1 333$

Mme Bourassa-Ochoa ajoute qu’un certain nombre de ces prêts, ceux accordés dans les premières semaines du grand confinement, ont déjà commencé à être remboursés, ce qui veut dire que les institutions financières continuent à prendre des arrangements avec des clients dont la situation est toujours fragile.

Sachant le montant moyen mensuel de l’hypothèque s’élève à 1 333$, on peut imaginer l’impact financier de reporter un ou quelques remboursements. C’est ce montant moyen qui explique 1 G$ par mois.

Cela pose un risque certain pour les six grandes banques canadiennes qui détiennent 67% du marché des prêts hypothécaires nouvellement émis en 2019 au pays. Du côté des coopératives de crédit, elles ont financé 12% des nouveaux emprunts tandis que les sociétés de crédit hypothécaire assuré (SCH) ont accaparé 20%. (Pour les curieux, le 1% restant est détenu par les prêteurs alternatifs, ou sociétés de placement hypothécaire [SPH]).

Ce ne sont pas des cadeaux

Cela pose aussi un risque pour les emprunteurs, car, un jour ou l’autre il faudra reprendre le rythme et rembourser les versements reportés. «Ce ne sont pas des cadeaux, affirme Éric Lebel, associé, redressement et insolvabilité, chez Raymond Chabot. Hydro-Québec, faudra le payer un jour… Les intérêts s’accumulent et la dette ne baisse pas avec le report de paiements.»

M. Lebel a préparé différents scénarios, soit le report de quatre ou de six mois pour le prêt auto, les cartes de crédit, le remboursement de l’hypothèque par rapport à n’en reporter qu’un seul. Dans tous les cas, la PCU a remplacé le salaire. Le verdict est sans appel : revenir à la normale demandera du temps et exigera des efforts, certains herculéens même.

«Ce n’est pas une radiation de dette, rappelle M. Lebel, c’est un report temporaire dont les coûts sont élevés à long terme.»

Mais parfois, c’est la seule solution. L’expert en redressement conseille d’opter pour le report de paiements hypothécaires quand on n’est plus capable de payer l’épicerie et le logement. «Autrement, on se serre la ceinture», dit-il. Et on espère des jours meilleurs.

Prenons le cas d’un emprunt hypothécaire de 200 000$ à 3% d’intérêt sur 20 ans fourni par M. Lebel. Reporter six paiements de ce prêt coûtera 2 198,37$ de plus en intérêts à la fin du prêt, pour un total de 68 404,79$ par rapport à 66 206,42$.

Finalement, avant de reporter des paiements hypothécaires, il faut faire un budget, conseille l’expert. «S’il n’arrive pas, il faut appeler un syndic, car cela signifie qu’il y avait déjà trop de dettes avant la pandémie. On vivait sur du temps emprunté…»

Articles similaires