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05:00 5 décembre 2020 | mise à jour le: 5 décembre 2020 à 09:36 temps de lecture: 4 minutes

Ces jeunes qui font leur coming-out durant la pandémie

Ces jeunes qui font leur coming-out durant la pandémie
Photo: Élianne Brodeur/ et CourtoisieFaire son coming-out durant la pandémie peut être difficile, dépendamment du contexte familial du jeune.

Durant la pandémie, Alexis, 16 ans, a fait son coming-out gay. Quant à Jo, 26 ans, iel* a fait son coming-out trans et non-binaire. Si tout s’est bien passé pour eux, faire un coming-out en plein COVID-19 peut venir avec de nombreux enjeux. 

C’est en septembre dernier qu’Alexis Messier, 16 ans, a annoncé à ses parents qu’il était gay. À ce moment-là, cela faisait un mois qu’il sortait avec un garçon, et il avait très très envie de le voir. 

Le seul hic: Alexis habite à Richelieu, près de Chambly, et son amoureux réside à Victoriaville. Tous les deux en zone rouge. 

«J’écoutais la télévision et ma mère est venue arroser les plantes, se souvient-il. Avec mon copain on voulait vraiment se voir, et ça prend l’autorisation parentale, alors j’ai décidé de leur annoncer. J’étais très stressé.»  

À son grand étonnement, dit-il, tout s’est bien passé. 

«On a commencé à jaser. Ma mère m’a demandé qui était mon copain, il restait où, il avait quel âge, ce que ses parents faisaient dans la vie. Exactement comme si j’étais sorti avec une fille.»

-Alexis Messier, 16 ans 

Malgré son stress, il est convaincu que se lancer est toujours une bonne option. 

«J’ai compris une chose après coup. Nos parents restent nos parents. Ils sont les personnes qui nous aiment le plus au monde, et ils vont toujours nous aimer.» 

Un troisième genre

Pour Jo Bérubé, 26 ans, c’est aussi la pandémie qui a tout déclenché. Iel* a fait son coming-out trans et non binaire il y a environ deux semaines, et commencera sous peu à prendre des micro-doses de testostérone.  

«J’ai perdu mon emploi avec la pandémie, alors pour m’occuper j’ai commencé à faire un blogue, un podcast, mais aussi des vidéos dans lesquelles je jouais avec les codes du genre.»

C’est ainsi qu’est né.e «Tony Tequila», son alter-égo ni homme ni femme. Finalement, après que sa blonde lui ait coupé.e les cheveux, c’est le déclic. 

«Je suis sorti.e du placard, et ça s’est très bien passé. Plus tard, sur Zoom, mes parents m’ont dit qu’ils m’aimaient. Même si ça chamboule un peu une dynamique familiale!»

-Jo Bérubé, 26 ans 

Pour iel, la binarité s’exprime comme le ressenti d’appartenir à un troisième genre.

«Quand je me regarde dans le miroir, je ne vois ni un homme ni une femme, ou bien je vois les deux. J’aime prendre des éléments de la masculinité et de la féminité. Je ne m’associe pas aux normes sociales», dit-iel.  

Des enjeux spécifiques

Mais faire son coming-out durant la pandémie peut être difficile, dépendamment du contexte familial du jeune. 

C’est ce qu’indique à Métro Logan Dante Di Giovanni de l’organisme montréalais ASTT(e)Q dont la mission est de favoriser la santé et le bien-être des personnes trans. 

«Dans un contexte de pandémie, si le jeune fait son coming-out et que sa famille réagit mal, il peut y avoir de la violence psychologique et physique», déplore-t-il. 

Et comme l’accès aux ressources est limité en ce moment, le jeune pourrait se retrouver mal outillé voire même en détresse. 

«Quand je fais une intervention, je demande au jeune s’il a une personne ressource sur laquelle s’appuyer si, admettons, le coming-out ne se passe pas bien.» 

-Logan Dante Di Giovanni, intervenant de proximité 

Même son de cloche du côté d’Henri-June Pilote, directeur général de l’organisme Alterhéros qui soutient spécifiquement les jeunes LGBTQIA2S+. 

«On leur conseille de s’assurer d’abord et avant tout de leur sécurité, indique M. Pilote. C’est la priorité.» 

À Métro, M. Pilote déclare avoir constaté une recrudescence d’appels de jeunes en questionnement depuis le début de la pandémie. 

«Ils sont seuls à la maison alors ils ont du temps pour réfléchir. Ce qui est une bonne et une mauvaise chose à la fois. Évidemment, c’est moins sain si la famille est transphobe ou homophobe.» 

*Nous employons ici le pronom iel, troisième personne du singulier permettant de désigner les personnes, sans distinction de genre.

-Avec Naomie Gelper.

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