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11:48 19 février 2021 | mise à jour le: 19 février 2021 à 17:14 temps de lecture: 5 minutes

Logement social: Montréal, Québec et Gatineau unissent leur voix

Logement social: Montréal, Québec et Gatineau unissent leur voix
Photo: Josie Desmarais/MétroLa mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Montréal, Québec et Gatineau ont uni leur voix vendredi pour presser le gouvernement Legault d’investir des centaines de millions de dollars dans la construction d’unités de logement social, alors que la pandémie a exacerbé les besoins en la matière.

Les maires de ces trois villes du Québec ont pris part à une conférence de presse virtuelle vendredi avant-midi, à quelques semaines du dépôt du prochain budget du gouvernement Legault.

«On voulait partager le sentiment d’urgence que l’on ressent parce qu’on est trois villes qui vivent des problèmes majeurs, une crise au niveau de l’habitation sociale», a déclaré la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Des besoins énormes

À elle seule, la Ville de Montréal réclame 200 M$ de la part de Québec pour réaliser 1500 logements sociaux en un an. Autrement, a concédé Mme Plante, la Ville ne pourra atteindre sa cible d’aménager 6000 logements sociaux d’ici décembre 2021.

«On pense qu’avec les sommes qui nous restent, en grattant les fonds de tiroir, on va être à 80% de la cible des 6000 logements sociaux», a-t-elle concédé lorsque questionnée par Métro.

Québec réclame pour sa part 60 M$ dans le prochain budget pour construire 500 unités par année.

«À Québec, on a un besoin criant de logements sociaux pour les gens qui sont carrément en marge de la société», a laissé tomber le maire de Québec, Régis Labeaume. Ce dernier s’étonne de constater que malgré un nombre record de construction de logements l’an dernier, le marché locatif se resserre dans la capitale.

«Bientôt, il va nous en manquer [des logements sociaux] et on sera complètement en-dehors de notre plan et de la demande qui est évidente et manifeste», a soulevé M. Labeaume. Ce dernier a d’ailleurs soulevé que les coûts de construction à la hausse et la rareté de terrains ont fait grimper les dépenses nécessaires pour aménager des logements sociaux dans les dernières années.

Prévenir l’itinérance

Québec se donne tout de même la cible d’en construire 2600 unités d’ici cinq ans.

Gatineau, pour sa part, n’a pas chiffré le montant qu’elle réclame. La ville souhaiterait toutefois avoir les moyens de construire 175 logements sociaux par année. Son rythme actuel se situe à une centaine d’unités par année.

Or, le taux d’inoccupation du marché locatif dans cette ville a chuté à 1,6%. Une pénurie de logements qui nuit à la réinsertion sociale des sans-abri, selon le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

«Il y a des personnes en situation d’itinérance qui pourraient s’en sortir, mais qui n’ont pas accès à un logement», a-t-il évoqué.

M. Pedneaud-Jobin travaille d’ailleurs sur la création d’un règlement d’inclusion en habitation pour Gatineau qui s’inspirera «largement» du règlement pour une métropole mixte de la Ville de Montréal. Le tout afin d’obliger les promoteurs à inclure des logements sociaux dans leurs projets immobiliers.

Québec en mode rattrapage

Contacté par Métro, le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a énuméré une série d’investissements réalisés dans les dernières années un peu partout au Québec dans le cadre de divers projets en habitation. 

«Nous sommes tous mobilisés pour construire davantage de logements sociaux et abordables et rattraper les retards accumulés sous les gouvernements précédents», affirme le cabinet par courriel.

Or, justement, ce que déplorent les trois maires, c’est que Québec est toujours actuellement en mode rattrapage en matière de logements sociaux.

«Depuis deux ans, il n’y a pas eu de nouveaux investissements en logement social, le gouvernement du Québec a investi pour s’occuper des unités qui n’étaient pas attribuées [par les gouvernements précédents]», a soulevé Mme Plante.

«Il faut qu’on pense à l’avenir parce que deux ans sans financement pour de nouvelles unités, ça paraît. C’est difficile.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

Régis Labeaume a par ailleurs pressé Québec de gonfler son soutien financier aux organismes communautaires qui oeuvrent en itinérance et en santé mentale, alors que la pandémie a exacerbé la demande pour leurs services.

«Il y a des séquelles permanentes qui vont sortir de ce qu’on vit présentement et d’un point de vue social, il va falloir qu’on en tienne compte», a-t-il dit.

Une entente insuffisante

Ce front commun survient quelques mois après que Québec et Ottawa aient indiqué avoir signé une entente de principe en matière d’habitation, l’automne dernier. Or, bien que celle-ci s’élève à 3,7 G$, elle ne prévoit que 540 M$ sur 10 ans pour la construction de nouvelles unités par le biais du programme AccèsLogis, a indiqué Mme Plante.

«Ce n’est pas beaucoup d’argent au final […] On est loin de répondre aux besoins», a-t-elle affirmé.

La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec, pour sa part, fait valoir qu’il serait préférable de fournir de l’aide au paiement du loyer aux locataires dans le besoin plutôt que de construire de nouveaux logements sociaux à Montréal. La pandémie, rappelle-t-elle, a fait augmenter le nombre d’appartements disponibles dans la métropole.

«Il y a des milliers de logements qui sont libres à Montréal», fait valoir à Métro son directeur des affaires publiques, Hans Brouillette. «Le besoin n’est pas un manque de logements. On parle de besoins financiers», renchérit-il.

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