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09:58 19 mars 2021 | mise à jour le: 19 mars 2021 à 16:15 temps de lecture: 5 minutes

Racisme: le syndicat défend les infirmières congédiées de Joliette

Racisme: le syndicat défend les infirmières congédiées de Joliette
Photo: 123RF

L’épisode de racisme qu’a rencontré Jocelyne Ottawa au CLSC de Joliette serait-il au final un malentendu ? C’est ce qu’avance le syndicat interprofessionnel de Lanaudière qui dénonce le congédiement «politique» de ces infirmières, sans avoir entendu leur version des faits et sans enquête.

Il y a tout juste une semaine, Jocelyne Ottawa, une atikamekw de 62 ans a relaté sur les réseaux sociaux avoir été victime d’humiliation et de racisme lors d’une consultation pour une blessure au pied au CLSC de Joliette. Selon elle, des infirmières auraient notamment décidé de l’appeler Joyce en ricanant, lui auraient demandé de chanter une chanson en atikamekw et lui auraient aussi confisqué son téléphone.

Les infirmières ont été suspendues par leur hiérarchie avant d’être congédiées mardi.

Incompréhension, maladresse et appréhension

Au micro de Tout un matin le président du Syndicat interprofessionnel de Lanaudière, Stéphane Cormier a défendu ces infirmières en affirmant qu’elles auraient justement essayé de mettre en application les recommandations apprises au cours de la formation, afin de nouer des liens avec les personnes de la communauté atikamekw.

«La première chose que les infirmières m’ont dit quand je les ai rencontrés, c’est qu’elles avaient de la peine que Madame Ottawa se soit sentie comme cela. Pour elles elles ont à coeur cette communauté atikamekw, et elles ont été choisies par leur chef pour être un des piliers, faire le lien avec cette communauté», a déclaré Stéphane Cormier au micro de Patrick Masbourian.

M. Cormier parle de «maladresse» pour justifier les actes reprochés aux deux infirmières, que ce soit par le fait de l’appeler Joyce ou de lui demander de chanter une chanson atikamekw.

Concernant le cas du cellulaire confisqué, le président du syndicat indique que celui-ci était tombé après les soins de Mme Ottawa et que l’infirmière ne l’aurait gardé que quelques minutes, en lui spécifiant qu’elle lui rendrait lorsque celle-ci serait plus solide sur ses jambes. Elle n’aurait pas eu l’intention de lui confisquer. «Cette infirmière a été congédiée sur ce seul fait», affirme avec une certaine exaspération M.Cormier.

Selon M.Cormier il n’y a pas eu de plainte officielle dans le CISSS. Les infirmières ont été congédiées après un court interrogatoire et sans une enquête approfondie dans le personnel comme il est de rigueur pour ce genre de cas. Pour lui c’est une pression politique qui a amené à leur congédiement.

Un recul de 10 ans

En plus de la sentence, Stéphane Cormier constate une appréhension encore plus grande de la part des membres du personnel suite à cette affaire: « Si le fossé est si grand, c’est que c’est pas juste une formation que ça prend. Va falloir vraiment s’assurer qu’il n’y ait pas d’appréhension d’un côté puis va falloir nous s’assurer de notre côté des professionnels en soins qu’on comprenne bien comment on peut agir avec ça. Mais là présentement, tout le monde est gelé. Avec le congédiement des deux infirmières que le gouvernement a fait mardi on a reculé de 10 ans dans Lanaudière, tout le monde est gelé, y’a plus personne qui sait quoi faire.»

«Ce qu’on a fait cette semaine, c’est qu’on a stigmatisé toutes les infirmières de Lanaudière en même temps. […] Au lieu de chercher la façon de rencontrer autant la communauté puis les professionnels puis à créer le lien. Là on a fait l’effet inverse en bâclant une enquête.» – Stéphane Cormier, président du Syndicat interprofessionnel de Lanaudière

Benoit Charette nie une intervention politique

Toujours au micro de Patrick Masbourian, le récemment nommé ministre de la Lutte contre le racisme Benoit Charette, a réagi à une quelconque intervention du champ politique dans cette affaire.
Alors que la semaine d’action contre le racisme et pour l’égalité des chances commence aujourd’hui, le ministre a réitéré sa confiance envers les administrations pour appliquer une «tolérance zéro».

«Le politique n’a aucunement intervenu au niveau de l’enquête elle-même. Il y a quelque chose par contre qui est clair, on a envoyé un message excessivement précis à toutes les administrations publiques, tout ce qui est racisme c’est dorénavant tolérance zéro. Donc ce sont les administrations qui par la suite se gouvernent. Mais le message du gouvernement ne peut pas être plus clair que ça. On a un changement à opérer, ce qui était toléré par moment dans le passé ne l’est plus aujourd’hui.»

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