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La Franciscomania s’emparera-t-elle du Québec?

Photo: Franco Origlia/getty

Le pape François a été élu il y a une semaine. D’ores et déjà, sa simplicité et sa spontanéité ont conquis les foules. L’Argentine, d’où est originaire Jose Mario Bergoglio, est même la proie de la Franciscomania. Réussira-t-il à raviver la flamme catholique des Québécois?

La première décision qu’a prise Jose Mario Bergoglio en devenant pape a été de se donner un nom. En choisissant François, en l’honneur de François d’Assise qui a donné sa vie aux plus pauvres, il a en quelque sorte annoncé le programme de son pontificat. Les plus faibles seront au centre de ses préoccupations. «C’est un virage important de l’Église vers les pauvres, note le professeur de sociologie de l’Université d’Ottawa E.-Martin Meunier. Je pense que ça va flatter le désir de justice sociale qu’ont les Québécois.»

Depuis quelques années, des scandales de prêtres pédophiles ont défrayé les manchettes au Québec, ce qui fait que la crédibilité de l’Église catholique est «au plus bas», constate le professeur Meunier. Le pape, qui se soucie ouvertement des démunis et qui avoue publiquement que l’Église catholique a «ses vertus et ses péchés», détonne avec ses prédécesseurs, ce qui pourrait susciter l’intérêt des Québécois.

Depuis son élection, le pape François a montré à plusieurs reprises son goût pour la simplicité. En quittant la chapelle Sixtine le premier soir après la fin du conclave, il a pris la navette retenue pour les cardinaux plutôt que la limousine qui lui était réservée. Le lendemain, après être allé prier, il est retourné à son hôtel pour payer son dû. «Je ne vois pas Benoît XVI faire cela», affirme le doyen de la Faculté de théologie et de science des religions de l’Université de Montréal, Jean-Claude Breton. Selon lui, les gestes que fera le pape seront plus éloquents que les paroles qu’il prononcera, ce qui incitera les Québécois à s’identifier à lui. «C’est un peu comme l’abbé Pierre en France, mentionne M. Breton. Ce sont des personnes qui, par leur simplicité, remportent l’intérêt des gens.»

Le professeur associé du Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal, Louis Rousseau, apporte des nuances. Il croit pour sa part que le pape François pourrait susciter «un début de curiosité» de la part des Québécois qui ont tourné le dos à l’Église catholique depuis des années, mais qu’il n’aura pas droit à leur «confiance immédiate».

C’est que les Québécois entretiennent une relation ambi­valente avec l’Église catholique. D’un côté, ils éprouvent de la méfiance quant à l’institution qui a souvent voulu les dominer plutôt que les guider. En même temps, ils s’identifient à cette religion – dans une proportion de 83,5 % d’après le recensement de 2001 – et ils ne songent pas à en magasiner une autre.

Quant aux jeunes de 18 à 34 ans, qui fréquentent très peu l’église – environ 5 % –, ils pourraient être attirés par le discours du nouveau pape misant sur «l’expérience de l’intérieur de la chaleur et de l’amour de Dieu», pense M. Rous­­­­­­­­­­­­seau. «C’est un christianisme qui se présente comme la répon­se à une sorte de désespoir
de l’ordre actuel du monde, constate-t-il. Il répond à un questionnement sur l’exis­ten­ce. Cette lecture critique de notre société est assez partagée par la jeunesse qui a trois téléphones portables.»

Malgré toutes les facettes de la personnalité du nouveau pape qui sont attrayantes, ses positions conservatrices sur des enjeux comme le mariage gai, la contraception ou même l’avortement risquent de freiner l’enthousiasme à son égard. Cette absence d’ouverture pourrait même devenir embarrassante pour l’Église catholique. «Prenons l’exemple des fem­mes, explique E.-Martin Meunier. Dans toutes les sociétés occidentales, le pouvoir appartient autant aux hommes qu’aux femmes. C’est gênant de ne pas avoir de femme dans l’Église. Le minimum que le pape pourrait faire, c’est de per­mettre aux femmes d’être diacres, mais ça risque d’être long.»

Bien que le Québec soit impatient que l’Église catholique approuve les changements de mœurs des sociétés occidentales, ce n’est pas le cas de tous les pays, souligne Louis Rousseau. «Ces lectures de la réalité ne sont pas partagées universellement, a-t-il mentionné. Or l’Église catholique romaine est universelle. Il y a des catholiques partout.» Ces réformes de l’Église que réclame particulièrement l’Occident ne feront pas partie des priorités du nouveau pape, croit M. Rousseau, ce qui risque de déplaire aux Québécois.

«Peoplelisation» de l’Église catholique
Un nouveau phénomène a marqué l’élection du pape : la «peoplelisation» de la religion catholique. «La culture populaire s’est emparée du Vatican, constate le professeur de sociologie de l’Université d’Ottawa E.-Martin Meunier. On avait les mille et un potins du conclave. Il y avait les biographies de tous les cardinaux importants. On connaissait leurs loisirs et on savait ce qu’ils mangent. Il y avait des sites web avec l’image de la cheminée 24 heures sur 24 pour savoir quelle fumée allait sortir.»

Le fait que le cardinal Marc Ouellet ait eu des chances de devenir le chef de l’Église catholique n’est pas étranger à ce phénomène, d’après le professeur Meunier, qui peine toutefois à mesurer les conséquences de cette attention excessive. C’est que l’élection de Benoît XVI en 2005 n’a pas été l’objet d’un tel intérêt, notamment en raison des technologies qui n’étaient pas aussi avancées qu’aujourd’hui et du fait que les catholiques faisaient leur deuil de Jean-Paul II.

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