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Donald, François et chèque de 500 $

CHRONIQUE – Tout juste débarqué à Washington, jasette avec le chauffeur de taxi m’amenant à l’hôtel. Un gars, sympa, de l’Éthiopie. 

Je me gâte:

– Elle sent bon, Washington, depuis le départ de Trump!

– Bah… Suis pas d’accord. M’ennuie de lui, moi. Vivement son retour.

– Sérieux? Et tu lui trouves quoi, au juste?

– Je sais pas. Il aimait son pays, lui. Il était là pour nous.

– Et tous ses commentaires et allusions racistes ou xénophobes?

– Bah… Il défendait son pays et ses gens, c’est tout.

– OK, disons, mais t’es citoyen américain, donc t’en fais partie, non?

– Oui, mais bon, c’est pas pareil, je ne suis pas un vrai Américain, tu vois?

– Et c’est quoi, un vrai Américain?

– Bah…

– Et tous ses mensonges, t’en fais quoi?

– Quels mensonges?

Arrivé au comptoir de l’hôtel, je me gâte, partie 2:

– Bien content d’être de retour dans votre belle ville, encore plus belle depuis le départ de Trump!

Silence malaisant.

– Vous avez droit à votre opinion, mais moi, je l’aime bien. J’espère qu’il sera de retour en 2024.

Damn

– Ah oui? 

– Oui. Il défendait son monde, lui. 

– Vous êtes né ici?

– Non. En Érythrée, Afrique de l’Est.

– Et son racisme?

– Il a le droit.

– Mais il vous exclut par le fait même, non?

– Oui, mais je vous ai déjà dit: il défend son monde. Et ça ne m’empêchera pas de voter pour lui. Au contraire.

***

Au même moment, magie, Métro me demande si ça me tente de faire une chronique sur le deuxième chèque de 500 $ proposé par la CAQ.

La similitude entre les deux élucubrations me frappe d’emblée. Comme un bon coup de pelle dans face.

Parce que même s’il fait office de populiste version light, François Legault figure, néanmoins, dans les rangs de la chapelle. Celle qui gangrène – subrepticement ou à coup de rouleau compresseur – l’Occident. Lui-même, i.e. Legault, s’était à l’époque montré à l’aise d’être comparé à Trump. C’est dire. 

Parce que plus le populiste s’imbibe de l’arrogance du pouvoir, plus la force centrifuge du mensonge et de la démagogie devient inéluctable. 

Parce que le populiste sait que tout discours xénophobe sur l’immigrant, réfugié et autres «étrangers» paie, solidement d’ailleurs, électoralement parlant. 

Parce que les dernières déclarations de Legault sont, à cet égard, autant symptomatiques que réfléchies et orchestrées. 

Parce que non seulement l’immigration ne menace pas le Québec, mais elle l’enrichit, à tous niveaux.

Parce que non, le Québec ne deviendra jamais, compte tenu de ses juridictions constitutionnelles actuelles, la Louisiane. 

Parce que prétendre que les pouvoirs en matière de réunification familiale sont impératifs afin d’assurer «la survie de la nation» est un argument mensonger, fallacieux et raciste, au final.

Parce qu’à entendre Legault, il serait alors permis à Québec de refuser à Raïf Badawi de rejoindre, en Estrie, sa conjointe et ses enfants, au motif d’absence de français suffisant. 

Parce que le populiste est non seulement maître dans l’art du raccourci intellectuel, mais aussi dans celui de faire appel au plus bas dénominateur commun, aux instincts les plus primaires. Celui de monnayer un vote en contrepartie d’un chèque. De 500 $, genre. 

Parce que si la formule lui a bien servi jusqu’à présent – les sondages sont éloquents – pourquoi ne pas répéter l’expérience?

Parce qu’un électeur se dépatouillant avec l’inflation sera sinon vendu, au moins à l’écoute de la solution facile, celle d’encaisser le bacon, même s’il sait la mesure à des kilomètres du bien commun ou de la saine politique publique. 

Parce que 500 $, c’est encore moins cher pour le Trésor public – mais tout autant cynique – que les frigidaires de Duplessis. 

Parce que le populiste se fiche de la vérité, de la science ou de ce même bien commun. Il souhaite plutôt, essentiellement, demeurer au pouvoir et flatter son égo, idéalement en franchissant le seuil fantasmagorique de cent députés. 

Parce que pour paraphraser Beigbeder, le populiste ne prend «pas les électeurs pour des cons, mais il n’oublie jamais qu’ils le sont». 

Parce qu’il leur laisse croire, à Saint-Jérôme comme à Washington, qu’il «défend son monde». 

Et ça fonctionne. 

Paraît qu’on a les gouvernements que l’on mérite. Le temps d’un bon coup de pelle dans notre face collective, je dirais. 

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