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P!nk Bloc, le collectif queer du printemps érable qui reprend vie

Manifestation du P!nk Bloc lors du Printemps érable
Manifestation du P!nk Bloc lors du printemps érable Photo: Gracieuseté / Chacha Enriquez

Au milieu des foules du printemps érable se faufilaient des capes roses scandant des slogans humoristiques pro-sexe entremêlés de positionnements pour la gratuité scolaire et contre la répression policière. Une décennie plus tard, le P!nk Bloc (Pink Bloc) reprend progressivement vie. La jeune génération de militant.e.s rencontre celle plus expérimentée autour de nouvelles luttes telles que la justice climatique et la crise du logement.

Pour Chacha Enriquez, un des fondateur.trice.s du P!nk Bloc, ce collectif queer se veut avant tout «très souple» et il évolue avec les militant.e.s qui le composent.

«Oui, on a de l’expérience à apporter, mais la jeune génération, elle a des expériences aussi et a beaucoup à nous apprendre», explique Chacha Enriquez.

Chacha Enriquez, activiste queer et professeur de sociologie au collégial

L’expertise des un.e.s s’entremêle donc avec celle des autres. Les militant.e.s plus âgé.e.s apportent leur expérience du terrain alors que les plus jeunes leur en apprennent plus sur les luttes actuelles.

«On sent qu’il y a une urgence à agir face aux crises. On s’entend que le gouvernement crée des crises en refusant de les traiter; on parle de la crise climatique, de la crise du logement, de la crise dans le système de santé», dit Chacha.

C’est donc lors de rencontres ponctuelles que le P!nk Bloc retrouve son énergie d’antan, entre souvenirs du passé et combats du présent.

C’est assez intéressant de se retrouver entre plusieurs générations queers pour changer le monde ensemble.

Chacha Enriquez, un des fondateur.trice.s du P!nk Bloc

À cinq dans un salon

D’une réunion entre cinq étudiants queers de l’UQAM dans le salon de Chacha à plus de 200 manifestants dans la rue, le P!nk Bloc aura marqué à sa façon ce mouvement étudiant historique.

L’objectif de ce collectif d’étudiant.e.s créé en décembre 2011 était de s’impliquer dans cette mobilisation massive tout en sensibilisant aux enjeux queers, féministes et d’inclusivité, le tout sous une forme «carnavalesque».

«Pour nous, c’était important d’avoir un espace queer à l’intérieur de cette grève, de ne pas juste s’impliquer avec nos associations étudiantes, mais aussi de créer notre propre espace […] où on pouvait faire des interventions queers à l’intérieur du mouvement», explique Chacha.

Une des premières actions du P!nk Bloc a été de s’attaquer aux slogans pro-viol scandés dans les manifestations. Iels intervenaient en entourant ceux qui clamaient ce type de slogans tout en les sensibilisant par la même occasion.

Généralement, les gens, quand ils nous voient, on les fait rire, ils sont contents de nous voir, on les met de bonne humeur et on détend l’atmosphère dans les manifs […] On a une présence assez positive, et les gens nous demandaient d’être plus présents.

Chacha Enriquez, activiste queer et professeur de sociologie au collégial

Plus qu’un groupe, une stratégie

Bien plus qu’un simple collectif, le P!nk Bloc voulait détendre l’ambiance tout en gagnant de la visibilité en tant que queers. Dans un contexte parfois tendu entre forces policières et manifestants, les capes roses du P!nk Bloc cherchaient aussi à s’imposer à travers des actions directes non violentes, sans pour autant être dans un «dogme de la non-violence».

«Il y a toute cette question de l’augmentation de la répression au fur et à mesure du mouvement […]. Pour nous, c’était important de détendre l’ambiance et qu’on n’ait pas peur de la police, explique Chacha. Pour nous, la violence, à la base, elle vient de l’État et de l’élite économique et politique qui nous empêche d’avoir accès à l’éducation.».

«Le P!nk Bloc a toujours été un collectif “pro-black bloc” tout en restant non violent», dit-il.

Multiplier les actions

C’est dans une pluralité d’actions mêlant les genres que le P!nk Bloc souhaitait dénoncer les agissements du gouvernement de l’époque. Chacha Enriquez se remémore notamment le «frenchoton» (ou «kiss in») organisé par le collectif pour dénoncer les rapports de force de l’État.

«On voulait comparer comment les gouvernements essayent de nous faire passer de force des mesures et des lois que la population ne veut pas, dit-il. Le gouvernement nous agresse, donc on voulait lier ça à la question du consentement, des agressions sexuelles et donc faire un “frenchoton” où on pouvait s’embrasser de façon consentante.»

Le sourire aux lèvres, Chacha se rappelle les «manufestations», où les gens manifestaient en sous-vêtements, ou encore de cette «manifestation drag» pour dénoncer les binarités lors du printemps érable.

Chacha Enriquez lors de la manifestation drag; Gracieuseté: Chacha Enriquez

«Il y avait beaucoup de binarités et d’oppositions qu’ils essayaient de mettre en place: entre les casseurs d’un côté et les bons manifestants de l’autre, les bons étudiants et les mauvais étudiants, [les] jeunes contre [les] boomers», explique Chacha.

Le P!nk Bloc réfléchit déjà à de nouvelles actions. Certain.e.s militant.e.s aimeraient notamment organiser un festival.

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