Chauffe-eau: Attention aux vendeurs peu scrupuleux
Après avoir sévis en Ontario, où ils sont devenus une plaie pour les organismes de défense des consommateurs, les vendeurs itinérants de chauffe-eau débarquent au Québec.
Ding dong. Un technicien se présente à la porte. Il ne dit pas bonjour. «Propriétaire? Je viens vérifier votre chauffe-eau.»
Au début l’homme en question reste flou sur son appartenance à Services aux foyers du Québec (SFQ).
Les représentants québécois de cette entreprise ontarienne qui vient de s’installer dans la province utiliseraient parfois des techniques douteuses pour vous louer leurs produits et empocher une commission pouvant atteindre 85$ par client. Pourtant, l’entreprise qu’ils représentent insiste sur l’éthique dans ses documents de formation.
«Le truc, c’est de prendre un ton impressionnant au début, pour déstabiliser la personne qui nous ouvre la porte», explique François, un étudiant qui a travaillé quelques jours pour SFQ, avant d’abandonner. «Pour arriver à vendre sept ou huit contrats par jour, comme mon formateur le faisait, il faut être agressif et ça ne me convenait pas», explique le jeune homme.
Si le propriétaire refuse de laisser entrer le représentant, ce dernier ne lâche pas le morceau. «Si, si, je dois vérifier votre chauffe-eau. On fait votre quartier actuellement», indique t-il en présentant son badge et des documents officiels, qui ne sont en fait que des autorisations à exercer le métier de représentant. «Dans plus de 50% des cas, il va finir par entrer», indique François.
En Ontario, des médias ont rapporté que certains représentants n’hésitaient pas à se faire faussement passer pour le fournisseur du chauffe-eau pour entrer. Si notre source n’a pas été témoin de ce type de subterfuge, Yvon Chevalier, le directeur général d’HydroSolution, note que certains de ses clients étaient confus quant à l’identité du représentant.
«Plusieurs de nos clients nous ont appelés pour vérifier si c’était notre entreprise qui était passée chez eux. Cette confusion pourrait peut-être ressembler, dans certains cas, à ce qui est rapporté en Ontario», déclare le dg d’HydroSolutions, qui loue des chauffe-eau à environ 200 000 clients, sans faire de porte-à-porte.
Selon Denis Boyer, coordonnateur en efficacité énergétique chez Écohabitation, le calcul des économies de coûts revendiquées par SFQ dans ses dépliants est pour le moins créatif. «L’économie annoncée de 40% sur les frais de chauffage est inexacte. Il aurait plutôt fallu indiquer une baisse de 40% en pertes d’énergie», a-t-il expliqué.
Or, comme les pertes d’énergie représentent moins de 10% de la dépense énergétique d’un chauffe-eau, la vraie économie des coûts de chauffage de l’eau pour une famille de trois personnes serait de 6%, selon lui. Et c’est sans compter que les pertes de chaleur des chauffe-eau se traduisent en économie de chauffage l’hiver.
En Ontario, où ce genre de vente itinérante a cours depuis 2010, les plaintes liées à la location de chauffe-eau arrivent en deuxième position des plaintes déposées au ministère des Services aux consommateurs, avec 3251 plaintes enregistrées en 2012.
La représentante de SFQ se défend. «Les représentants de Services aux Foyers du Québec sont clairement identifiés par un insigne de l’entreprise, tout comme leurs vêtements et documents portent le nom de la compagnie. De cette façon, les clients savent à qui ils ont affaire», clame Marylin Cantin, porte-parole de SFQ. Elle ajoute qu’un suivi téléphonique est effectué après chaque vente et que les représentants qui contreviendraient aux politiques de l’entreprise s’exposent à des mesures disciplinaires pouvant aller jusqu’au congédiement.
Jusqu’ici, au Québec, l’Office de protection du consommateur (OPC) ne recense aucune plainte concernant SFQ, qui est en activité depuis le début de l’année. L’OPC recommande de contrôler l’identité des gens qui se présentent à votre porte et conseille de bien lire les documents présentés, sans se précipiter.
Les clients qui voudraient se désengager après la signature du contrat ont dix jours pour le faire. «Mais attention de vérifier la date inscrite par le vendeur sur le contrat. Car par le passé, on a déjà vu des représentants de thermopompes ou de climatiseurs qui indiquaient une date antérieure pour empêcher le recours des dix jours», conclut M. Préaux.
Pas si intéressante la location?
- Après dix ans, la location d’un chauffe-eau revient à 2 000$.
- L’’achat et l’installation coûtent en comparaison près de 800$.
- Un chauffe-eau neuf dure en général au moins 12 ans.