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L’approbation d’un traitement contre un cancer bloquée

Photo: Getty Images/iStockphoto

Plus d’un millier de patients québécois atteints d’un cancer du système lymphatique sont pour l’instant privés d’un traitement prometteur. Malgré que ce traitement soit disponible en Europe, aux États-Unis et ailleurs au Canada, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux du Québec (INESSS) juge qu’il ne peut pas l’inscrire sur la liste des médicaments pouvant être utilisés dans les établissements de santé du Québec.

«C’est très difficile d’expliquer à un patient qu’on ne peut pas lui donner le meilleur traitement existant», déplore le Dr Pierre Laneuville, hématologue à l’Hôpital Royal Victoria. La combinaison du bendamustine avec le rituximab, appelée traitement BR, permettrait d’améliorer la qualité de vie des patients atteints de lymphomes non hodgkiniens indolents (LNHi), une maladie incurable qui s’attaque au système immunitaire, et même de la prolonger de plusieurs années. Une étude allemande de grande envergure a observé que cette combinaison permettait de freiner la maladie près de trois ans de plus que le fait le traitement standard actuellement utilisé au Québec. Elle a aussi démontré que BR était moins toxique, n’ayant notamment pas causé de perte de cheveux et réduisant le taux d’infection.

À la suite de cette étude, de nombreux pays d’Europe ont adopté cette médication comme traitement prioritaire de première ligne chez les personnes souffrant de LNHi, soutient le Dr Laneuville. Le pan-Canadian Oncology Drug Review (pCODR), qui évalue les nouveaux traitements contre le cancer pour faire des recommandations aux ministères de la Santé des provinces canadiennes, à l’exception du Québec, a reconnu le traitement BR comme étant efficace. Plusieurs provinces peuvent maintenant l’offrir.

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Au Québec, les patients devront pourtant attendre. C’est que l’INESSS, qui joue ici environ le même rôle que le pCODR, ne peut donner son aval qu’aux traitements ayant reçu un avis de conformité de Santé Canada, selon la Loi sur les services de santé et les services sociaux. Mais cet avis n’a pas été donné au BR. L’INESSS l’a donc exclu sans faire sa propre évaluation du traitement.

Lymphome Canada, soutenu par le Dr Pierre Laneuville et une trentaine de médecins québécois, demande que l’INESSS révise sa politique et considère les traitements dont l’efficacité est démontrée par les données scientifiques. «L’oncologie évolue rapidement, et il faut pouvoir prendre en compte les données les plus récentes, surtout lorsqu’il y a un tel consensus international autour de l’efficacité d’un traitement», soutient le Dr Laneuville.

Le Dr Stéphane Ahern, président du comité scientifique de l’INESSS, estime que le cadre légal actuel a sa raison d’être, Santé Canada pouvant évaluer plus en profondeur l’efficacité et la sécurité des produits. «Nous, après avoir déterminé la valeur thérapeutique, on va examiner d’autres facteurs comme le rapport entre le coût et l’efficacité du médicament», explique le Dr Ahern.

Tout n’est cependant pas perdu pour les patients du Québec. Dans le but de rendre plus rapidement accessible des médicaments anticancéreux à caractère jugé prometteur, l’INESSS souhaite commencer l’évaluation de la combinaison BR, à condition que le fabricant du traitement entreprenne en parallèle des démarches pour obtenir une approbation de Santé Canada. «Je partage les préoccupations du Dr Laneuville, et j’aimerais accélérer le processus, tout en respectant le cadre légal», affirme le Dr Ahern. Il dit être en attente d’une confirmation que le fabricant demandera son avis de conformité.

De son côté Lymphome Canada rappelle que «le fabricant de la bendamustine a déjà obtenu une recommandation de Santé Canada pour la bendamustine utilisée seule». Dans un courriel envoyé à Métro, le groupe explique que «comme la recherche évolue, le traitement actuellement privilégié par les spécialistes combine la bendamustine et le rituximab (BR) et c’est cette combinaison qui n’est pas encore reconnue par Santé Canada. La plus récente étude, RUMMEL, qui valide les bénéfices de cette combinaison, a été reconnue par les spécialistes européens, américains et même canadiens, malgré le fait que Santé Canada ne se soit pas encore prononcée. Le PCODR a regardé toute l’évidence clinique disponible et a reconnu l’efficacité du traitement sur la combinaison BR. Pourquoi l’INESSS n’en fait-elle pas autant?»

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