Une souffrance incalculable à Lac-Mégantic
Anxiété, dépression, difficulté à décrocher. Les formes de chocs diffèrent d’une personne à l’autre et peuvent s’étirer sur une longue période de temps. L’Agence de santé et de services sociaux (ASSS) de l’Estrie a mis sur pied, dès samedi dernier, un service de soutien psychologique à Lac-Mégantic. La tragédie dépasse toutefois les frontières de la municipalité, croit une travailleuse sociale qui a pris part à des interventions au cours des derniers jours.
«Depuis samedi, un réseau s’est mobilisé avec plus de 35 intervenants à la fois, 24 heures sur 24», indique Richard Vaillancourt, coordonnateur des mesures psychosociales à Lac-Mégantic. Différents services ont été offerts à la population.
L’objectif? «Aider à normaliser la situation et identifier les risques de choc post-traumatique», précise-t-il.
Enfants, hommes, femmes, personnes âgées, aucune clientèle n’a été négligée. Un service s’adresse aussi aux premiers répondants. «Les pompiers ont besoin d’être supportés, de même que nos intervenants. Ce sont des moments difficiles», ajoute M. Vaillancourt. Deux intervenantes ont notamment été postées à la caserne des pompiers afin d’y faire du dépistage.
Ce dernier ne peut toutefois pas quantifier le nombre de personnes qui ont été rencontrées par son équipe au cours des six derniers jours. «Au plus fort, on avait 37 intervenants et ils étaient tous occupés», dit-il.
Et la nature des services varie. «Certains sont rencontrés durant plusieurs heures. Pour d’autres, c’est quelques dizaines de minutes.»
Quelques hospitalisations
Des sinistrés ont eu recours à des services spécialisés. «Certains n’avaient pas accès à leurs médicaments. Il y a des gens qui ont été hospitalisés ou qui ont rencontré un médecin ou un psychiatre», indique M. Vaillancourt. Le directeur général du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) du Granit, Pierre Latulippe, précise aussi qu’environ cinq personnes ont dû être transportées d’urgence, mercredi, au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke pour y obtenir des soins en santé mentale.
Les intervenants psychosociaux ont également assisté les autorités lorsque les policiers parlaient de «personnes disparues possiblement décédées». «Lors de cette rencontre avec les familles, nous étions présents. Cette annonce a pu leur permettre de commencer le processus de deuil», ajoute M. Vaillancourt.
Membre de l’équipe de garde psychosociale du CSSS de la Haute-Yamaska, dans la région de Granby, Barbara Bouchard est intervenue à Lac-Mégantic dès lundi avec 14 autres membres de l’ASSS de la Montérégie. Elle a œuvré à l’hôpital, mais aussi dans les restaurants, les dépanneurs et sur la rue. «On est allé à la rencontre des gens dans les rues. Ce que j’ai vu, c’est que les gens ont besoin de parler», raconte-t-elle, en entrevue avec TC Média, à son retour de mission.
En tant que travailleuse sociale, Barbara Bouchard devait orienter, référer et faire de l’enseignement. «On devait donner l’information et faire de la sensibilisation. On renseignait les gens sur les symptômes pour normaliser une situation extraordinaire. On leur donnait aussi des conseils, comme faire de l’activité physique pour se libérer l’esprit», explique celle qui est formée pour intervenir en période de crise et donc, en situation de sinistres.
Il s’agissait cependant de sa première intervention du genre, mais elle n’a pas été déstabilisée par l’ampleur de la tâche. «En étant sur l’équipe de garde psychosociale, je suis appelée à intervenir à petite échelle. L’intervention demeure la même, qu’il s’agisse d’un incendie ou d’un décès, précise-t-elle. Ce qui est particulier ici, c’est qu’il y a plus de monde touché. Les gens sont touchés à deux niveaux. Leur milieu de vie est transformé et il y a un important nombre de décès.»
«C’est un petit milieu, on parle de 6 000 personnes. Beaucoup se connaissent. Les gens sont bouleversés dans leur routine. On a eu différentes clientèles. Les gens sont touchés à différents niveaux. Certains ont perdu des êtres chers, d’autres ont vu la boule de feu. La souffrance ne se calcule pas», ajoute celle qui n’écarte pas un retour à Lac-Mégantic.
Si l’aide psychosociale est dirigée vers Lac-Mégantic, la travailleuse sociale met en garde la population générale. «D’autres personnes peuvent être touchées par la tragédie. Certains ont peut-être perdu un proche ou une connaissance même s’ils ne vivent pas à Lac-Mégantic, d’autres vivent près d’un chemin de fer. Il faut les encourager – s’ils ne se sentent pas bien, si les images tournent en tête, s’ils ont de la misère à décrocher de l’événement – à composer le 811», suggère-t-elle.