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Cessez d’être pauvre, soyez riche

Ce samedi avaient lieu les États généraux du journalisme à la pige, organisé par l’Association des journalistes indépendants. Le portrait est sombre : un journaliste indépendant gagne en moyenne 80 % des revenus d’un journaliste québécois moyen; 77% des journalistes indépendants doivent s’adonner à d’autres activités pour gagner leur vie; en 2013, les revenus totaux des journalistes indépendants ne sont plus que 69 % de ce qu’ils étaient en 1981. Résultat de ces difficultés : 27% des répondants envisagent quitter la profession.

Après l’exposition de ce triste constat, j’étais invitée à expliquer pourquoi moi ça marche. Pourquoi la pige n’est pas une source de précarité dans mon cas. Pourquoi je ne me sens pas pauvre. Quand nous avons écrit le Petit manuel du travail autonome, ma collègue Martine Letarte et moi avons volontairement choisi de nous intéresser exclusivement à des travailleurs autonomes qui connaissent le succès et pour qui la pige est plus une source de valorisation qu’une source d’angoisse. D’abord parce que nous cherchions des formules inspirantes qui fonctionnent, mais aussi parce que des raisons de ne pas réussir, il y en a des tas et qu’il est facile, en répertoriant les sources d’échec, de tomber dans le jugement ou l’apitoiement.

Reste que devant une personne pour qui c’est moins facile, je ne sais jamais trop quoi dire. J’ai décidé de dresser une liste de trucs qui fonctionnent pour moi. Cette liste, qui s’adresse à tous les travailleurs autonomes, va sonner comme un livre de croissance personnelle, mais parfois, ça fait du bien de lire des affaires de même.

Trucs pour être un travailleur autonome performant

Trouvez dans quoi vous êtes bon – Diversifiez-vous, mais ne vous éparpillez pas. Ne proposez pas vos services dans 10 000 affaires dans lesquelles vous n’êtes pas compétent. Définissez-vous. Si vous trouvez qu’une tâche est trop difficile, ce n’est peut-être tout simplement pas une tâche pour vous. Connaissez vos forces et faites-les connaître.

Diversifiez votre clientèle – Ayez plusieurs clients, et ne dépendez d’aucun d’entre eux pour survivre, de cette façon, vous serez moins précaire qu’un employé qui dépend d’une seule source de revenu. À un certain moment, vous n’aurez plus besoin de démarcher de nouveaux clients. Démarchez-en encore.

Faites-vous connaître – De n’importe quelle façon que ce soit (sauf Occupation Double, et encore…). Soyez visible, ayez un blogue, collaborez à des médias, donnez des entrevues. N’hésitez pas à donner de votre temps et considérez le travail gratuit comme un investissement en publicité. Faites attention que ce travail gratuit ne devienne pas du cheap labor.

Refusez du travail – Pas seulement parce que ça vous donnera l’air big, mais surtout parce que ça montrera que vous êtes professionnel. Considérez-vous comme un service convoité : premier arrivé, premier servi. Si les clients sont satisfaits de votre travail, ils reviendront.

Soyez solidaire – Ne considérez pas vos collègues comme de la compétition, mais comme des alliés qui peuvent vous apporter du travail et avec qui vous pouvez former une force de négociation. Échangez trucs et contrats avec eux. Filez leur des tuyaux, ça vous reviendra.

Soyez respectueux envers tout le monde – Même si vous n’avez pas de respect pour tous. Essayez de ne pas juger les gens et ne médisez pas. Ayez du respect pour vous: ne diminuez jamais la valeur de votre travail et n’allez pas à l’encontre de vos principes.

Écoutez votre instinct – Si votre petite voix vous dit de ne pas accepter un contrat, ÉCOUTEZ-LA! Ne confondez pas votre petite voix avec la peur.

Ayez confiance – Ne vous apitoyez pas sur votre sort. N’abandonnez pas au moindre creux de vague. Un trou dans un agenda, c’est une pause bien méritée, pas une raison de paniquer. En plus de vous donner un air désespéré, manquer d’assurance pourrait vous mener à accepter des contrats qui sont en deçà de votre talent et qui bouffent trop de temps pour réaliser des projets réellement à la hauteur de vos ambitions.

Fixez la hauteur de vos ambitions – Imaginez où vous voulez être dans 20 ans, et tentez d’y arriver dès aujourd’hui. Ne partez pas de qui vous êtes, mais de qui vous voudriez être.

N’abandonnez pas la pige – En laissant la pige au profit d’un contrat à temps plein payant et confortable, vous mettez en péril la clientèle que vous avez mis des années à bâtir. N’acceptez un contrat que s’il vous permet de continuer à entretenir des relations avec vos clients.

Mettez-vous en danger – Inquiétez-vous dès que vous atteignez une zone de confort. Quand tout est sous contrôle, essayez quelque chose de nouveau.

Ayez la bonne attitude avec vos clients – Ne jetez jamais le blâme sur un client : si une commande n’est pas claire, c’est vous qui n’avez pas demandé assez d’explications. Soyez cool avec votre client et ne l’embarrassez pas de votre incompétence, il dépend de votre bon travail. Ultimement, n’oubliez pas qu’il n’est pas votre patron, mais votre client. Vous êtes votre seul patron.

Travaillez – Ne croyez pas que les autres l’ont facile et tentez plutôt de vous convaincre, même si vous n’y croyez pas, que le succès est presque toujours lié à l’effort. Prenez votre travail au sérieux même si vous l’exercez avec autant de passion qu’un passe-temps. Levez-vous tôt, travaillez fort. Quand vous trouvez que c’est difficile, rappelez-vous que c’est du travail. Remplissez vos journées de sorte que vous n’ayez pas le loisir de procrastiner.

Allouez-vous des ressources comme si vous étiez une entreprise – Pour demeurer compétitive, toute entreprise doit investir en recherche et développement. Allouez du temps à la réalisation de projets personnels, de pitches, de développement d’idées, sinon, les commandes prendront toujours le dessus. Trouvez les freins à votre productivité et prenez le temps d’aller chercher la formation ou la méthode qui pourra y remédier.

Ressourcez-vous – Accordez du temps à des activités désintéressées et divertissantes. Sortez. Rencontrez du monde. Laissez les gens, les événements, la culture ou les jeux olympiques vous inspirer. Lisez des livres de croissance personnelle (sauf ceux qui vous disent que vous pouvez guérir le cancer avec de la bonne volonté): le pire que ça peut faire est de vous inspirer.

Soyez discipliné – Couchez-vous tôt, mangez sainement, buvez avec modération, faites de l’exercice. C’est sérieux. Votre succès dépend de votre forme physique et mentale.

Ne vous fâchez pas contre moi – Même si vous faites tout ça, il se peut que vous n’ayez pas le succès que vous attendez. Ce n’est pas de votre faute. Il y a des milliers de facteurs d’échec qui échappent à votre contrôle. Ceci n’est qu’une liste de facteurs qui ne dépendent que de vous.

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