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Décès de l'homme d'affaires Paul Desmarais

Rédaction - La Presse Canadienne

MONTREAL – L’homme d’affaires Paul Desmarais, actionnaire de contrôle de l’empire Power Corporation que son biographe qualifiait de « diplomate de la haute finance », est décédé mardi soir, a confirmé mercredi la direction de l’entreprise. Il était âgé de 86 ans.

Né en 1927 dans la ville minière de Sudbury en Ontario, le célèbre homme d’affaires lègue à ses héritiers l’une des plus grandes fortunes du pays, érigée sur les profits de la petite compagnie de transport en commun qu’exploitaient ses parents et qu’il a acquise pour la somme symbolique de 1 $ en 1951, après avoir abandonné ses études en droit.

Son flair pour les affaires lui a permis de se hisser parmi l’élite mondiale de la finance, avec des participations dans le domaine de l’assurance, des fonds d’investissements ainsi que dans des géants industriels comme la pétrolière Total et le spécialiste du pastis Pernod-Ricard. La Financière Power, la Great-West Lifeco, la Financière IGM et Pargesa Holding font notamment partie de l’empire de Power Corporation.

Paul Desmarais était un génie des fusions-acquisitions et un apôtre de la diversification. Au cours de sa carrière, il a dirigé des entreprises de transport _ parmi lesquelles Voyageur et l’armateur Canada Steamship Lines _ mais aussi une papetière (Consolidated Bathurst), un fabricant de verre (Dominion Glass), un chantier maritime (Davie), un champ de course, une station de radio et des immeubles.

Par l’entremise d’une société baptisée Gesca, il était aussi propriétaire de sept quotidiens en français, dont La Presse. La petite histoire raconte qu’il a mis le pied dans cet univers à la suggestion de son ami Roy Thompson, lui-même magnat des médias.

Paul Desmarais avait ses entrées à Ottawa et à Québec. Son fils Paul a épousé la fille de Jean Chrétien, France, et Paul Martin a longtemps travaillé pour lui.

En dépit de ses liens puissants avec les libéraux fédéraux, il a déjà confié au magazine français Le Point son admiration pour les conservateurs. « Mulroney m’a beaucoup marqué. C’est lui qui a signé l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis et le Mexique », avait-il relevé.

Comme en témoigne cette entrevue accordée à un média d’outremer, sa sphère d’influence ne se limitait pas au Canada. Son alliance avec le groupe Frère lui avait en effet ouvert des portes en Europe francophone. La France l’avait fait officier de l’Ordre national de la Légion d’honneur et la Belgique l’avait nommé commandeur de l’Ordre Léopold II.

Il a en outre ouvert la voie pour les entreprises canadiennes en Chine, en dirigeant dès 1978 une délégation commerciale dans ce pays. Il a fallu huit ans de plus avant que Power Corporation se lance dans un projet dans l’Empire du Milieu, mais depuis ce temps, les liens n’ont jamais été rompus.

Paul Desmarais père avait quitté la direction de sa société de portefeuille et laissé la place à ses fils Paul et André, en 1996. Il continuait néanmoins à suivre de près les affaires de l’entreprise dont il demeurait l’actionnaire majoritaire avec près de 70 pour cent des droits de vote.

Ces dernières années, il passait le plus de temps possible à son spectaculaire domaine de Sagard, dans Charlevoix, où il a rendu l’âme et où il recevait les grands de ce monde venus chasser, pêcher le saumon ou jouer au golf avec lui, son épouse Jacqueline Maranger, leurs enfants et petits-enfants.

Il était l’un des invités, en mai 2007, lors d’une fête pour célébrer l’élection du président français Nicolas Sarkozy au célèbre restaurant Fouquet’s à Paris.

On le dit d’ailleurs un ami personnel de M. Sarkozy, qui a déjà affirmé qu’il devait en partie son élection à l’amitié et aux conseils de M. Desmarais.

En dépit de ses convictions politiques très claires, il a su cultiver des contacts dans tous les milieux.

En février 2008, le président français Nicolas Sarkozy lui a remis la Grand-croix de la Légion d’honneur, une décoration prestigieuse qu’il partage avec des gens triés sur le volet comme Alexandre de Russie, Lech Walesa, l’abbé Pierre, François Mitterand et Valéry Giscard d’Estaing.

Dans une longue entrevue au magazine français Le Point en juin 2008, il décrivait ainsi son identité. « Je suis Franco-Ontarien de naissance. J’ai choisi le Québec pour y vivre. Je suis Canadien. Le Canada c’est mon pays. Le Québec c’est ma province. »

Invité par Le Point à décrire comment il avait aussi bien réussi en affaires, M. Desmarais avait simplement répondu: « Je ne sais pas. J’ai saisi les opportunités qui se présentaient. »

Amoureux des arts, il a amassé en trois quarts de siècle l’une des plus importantes collections privées de tableaux au Canada. Il possédait aussi plusieurs voitures de luxe.

En 2003, il avait donné à son domaine de Sagard une somptueuse réception qui avait été l’objet de plusieurs rumeurs, entourée d’un grand secret. On évoquait plus de 200 invités. Des rumeurs faisaient état de la présence de l’ancien président américain George Bush père et de membres de la famille Weston, des supermarchés Loblaws.

Dans sa toute dernière publication, la revue Forbes évaluait la fortune personnelle de Paul Desmarais père à 4,7 milliards $, ce qui faisait de lui l’un des hommes les plus riches du Québec et du Canada. L’empire de M. Desmarais comptait sur une capitalisation boursière de 12 milliards $ en 2012 et sur un actif de 272 milliards $.

Fidèle à ses racines franco-ontariennes, il a donné 15 millions $ à l’Université d’Ottawa, qui a inauguré en 2007 un pavillon qui porte son nom.

Il était compagnon de l’Ordre du Canada.

En mai 2002, il avait été honoré lors du gala des Mercuriades de la Chambre de commerce du Québec. Il y avait été reçu le Mérite philanthropique salué pour son engagement envers les institutions universitaires, médicales, culturelles et sociales. « Toutes les oeuvres sont aussi significatives les unes que les autres. L’important est de les réaliser », avait-il affirmé.

L’entreprise a annoncé que des funérailles privées seront tenues dans la plus stricte intimité au cours des prochains jours, suivies d’un service commémoratif qui aura lieu à une date qui sera annoncée par la famille Desmarais. Outre son épouse Jacqueline, il laisse dans le deuil ses fils Paul jr et André, ses filles Louise et Sophie, et dix petits-enfants.

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