Stratégie pour le Nord: Le Canada a encore du chemin à faire
Alors qu’Ottawa présentait hier sa Stratégie pour le?Nord du Canada, Métro en a profité pour s’entretenir avec Joël Plouffe, chercheur à l’Observatoire international de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, pour faire le point sur le rôle du pays en Arctique.
Qu’est-ce que le gouvernement canadien cherche à démontrer avec son annonce d’hier?
En termes de politiques concrètes, les déclarations n’ont rien de nouveau.
En répertoriant toutes ses annonces sur l’Arctique, il met en valeur ses engagements des dernières années sans pour autant en annoncer d’autres. Il fait aussi part à l’électorat de ses démarches pour veiller à l’intégrité et à la souveraineté du pays. Il en profite pour se faire entendre par ses voisins polaires en faisant ce que les autres États nordiques ont fait avant lui depuis le début de 2009 : mettre sur papier une «politique» pour l’Arctique.
Ottawa affirme que le Nord n’a jamais été aussi élevé dans les priorités depuis des décennies. Qu’en pensez-vous?
Tout observateur reconnaîtra que le gouvernement a fait de l’Arctique un sujet récurrent ces dernières années. Il a été question d’une vision pour le Nord, mais il reste beaucoup à accomplir. Les gouvernements précédents n’étaient pas confrontés aux réalités de la fonte des glaces comme c’est le cas aujourd’hui. Il était alors difficile de placer l’Arctique au haut de la liste des priorités du pays, (une erreur qui apparaît évidente aujourd’hui).
Quelle devrait être la stratégie à adopter dans les prochaines années?
Au niveau international, il faut faciliter les projets communs, notamment avec la Russie et les États-Unis. Il faut suivre la voie du Conseil de l’Arctique qui cherche à solidifier la coopération entre autres sur les plans de la recherche, de la cartographie et de l’environnement. Au niveau national, il faut octroyer aux gouvernements locaux et territoriaux le financement nécessaire afin de développer le Nord d’une façon durable.
Le Conseil international du Canada affirmait dans un rapport hier que le Canada devrait privilégier la diplomatie plutôt que la corde nationaliste. Y a-t-il un problème de perception sur la souveraineté de l’Arctique?
Il y a deux discours contradictoires (et le Canada n’est pas le seul à s’en servir). D’un côté, on dit qu’il faudra défendre la souveraineté à tout prix et que personne n’intimidera le Canada, et qu’il y a un risque élevé d’instabilité régionale, de montée de puissance et de militarisation. De l’autre, dans les forums internationaux, on dit que la coopération va bon train. Pour devenir un grand acteur du cercle polaire, le Canada gagnera lorsqu’il sera cohérent avec sa population et ses voisins.