La chicha prisée par les jeunes
Au moment où l’habitude de fumer la cigarette tend à diminuer chez les jeunes, une nouvelle tendance semble vouloir la remplacer : fumer la chicha.
Selon une étude menée par des chercheurs de l’Université de Montréal, de l’Institut national de la santé publique du Québec et de l’Université McGill, 23 % des jeunes Montréalais âgés de 18 à 24 ans ont fumé la chicha au cours des 12 derniers mois.
Bien que l’utilisation du narguilé semble plus marquée chez les jeunes, les chercheurs ont noté que la pipe à eau gagnait en popularité parmi tous les groupes d’âge. «En 2006, le Canadian Tobacco Use Monitoring Survey indiquait que 8 % des jeunes Canadiens âgés de 15 à 24 ans utilisaient la chicha, a indiqué Erika Dugas, coordonnatrice de l’étude, baptisée NICO. Notre échantillon nous donne un pourcentage trois fois plus important à Montréal seulement. Il y a peut-être une tendance à la hausse qui se dessine.»
Les chercheurs ont montré du doigt la croyance selon laquelle la chicha serait moins nocive pour la santé que la cigarette pour expliquer cette nouvelle popularité. La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac a tenu à faire tomber ce mythe.
«Plusieurs personnes ont l’impression que l’eau de la chicha filtre la fumée, ce qui la rend moins nocive, a expliqué la codirectrice de la Coalition, Flory Doucas. Des preuves démontrent au contraire que la fumée du narguilé est aussi dangereuse que celle des cigarettes.» La fumée de la chicha contient de la nicotine, du monoxyde de carbone, des métaux lourds tels le plomb et le cobalt et des agents cancérigènes.
Un meilleur encadrement requis
Le tabac qui est utilisé dans les chichas n’est pas réglementé par l’Agence canadienne d’inspection des aliments ou par la US Food and Drug Administration, aux États-Unis. Les chercheurs de l’Université de Montréal, de l’Institut national de santé publique du Québec et de l’Université McGill qui ont participé à l’étude NICO sur l’utilisation de la chicha chez les jeunes ont indiqué qu’une surveillance accrue de l’utilisation de la chicha était requise.
Le gouvernement fédéral a adopté la loi C-32 qui, dès le mois de juillet, empêchera les fabricants de cigarettes et de cigarillos d’en aromatiser le tabac. Le tabac utilisé dans les chichas a été exclu de cette loi. Pourtant, ce tabac est souvent aromatisé. «Au niveau fédéral, on crée un marché plus favorable à la progression des produits comme le tabac à chicha, a noté Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. On aurait dû envoyer un message clair à l’industrie.»
Mme Doucas déplore le fait que les gouvernements n’agissent pas en amont des problèmes liés au tabac. «Les gouvernements sont toujours en réaction, a-t-elle indiqué. C’est quand un phénomène prend de l’ampleur qu’ils passent à l’action plutôt que de tenter de le prévenir. Ç’a été la même chose avec les cigarillos.»
Salon de chicha
À Montréal, quelques salons de chicha ont pignon sur rue. Ces salons existaient avant que la loi bannissant l’usage du tabac dans les lieux publics n’ait été adoptée, en 2006. «En ce moment, il y a un moratoire qui empêche l’ouverture de nouveaux cafés de chicha», a précisé Flory Doucas.
Le ministère de la Santé a précisé que «la notion de salon de chicha n’existe pas dans la loi. Ces derniers sont assujettis aux mêmes dispositions législatives que les salons de cigares». Une trentaine de ces salons existent au Québec.