Les cinq ans de Québec solidaire: surfer sur la vague
Québec solidaire fêtera samedi ses cinq ans d’existence. Françoise David et Amir Khadir croient que leur parti de gauche est arrivé à maturité. Métro s’est entretenu avec les deux porte-parole pour faire le bilan des cinq dernières années.
Françoise David et Amir Khadir tiennent à ce que leur formation politique ait deux porte-parole. Ce qui n’empêche pas les deux représentants de Québec solidaire, qui fêtera samedi son cinquième anniversaire, de parler d’une seule voix. «On est d’accord sur tout, ou presque», dit Françoise David. «Même sur la valeur de la pomme pour éloigner le docteur», s’empresse d’ajouter d’un ton plaisantin Amir Khadir, en pointant le fruit qu’il a déposé devant lui sur la table.
Mais il y a un sujet à propos duquel Françoise David s’avance davantage que son collègue : l’impact qu’a eu pour le parti l’élection de M. Khadir à l’Assemblée nationale en 2008. «Amir ne le dira pas. Il est flamboyant mais modeste, insiste Mme David. Oui, son élection a changé pas mal de choses.» Selon elle, les travaux d’Amir Khadir et de son équipe au parlement ont montré tout le sérieux et la rigueur du parti. «On peut être en désaccord avec les positions de QS, mais on ne peut plus nier sa pertinence», ajoute la politicienne. «Nous avons maintenant plus de tribunes», se contente de dire celui que le premier ministre Charest a d’abord surnommé «le seul député progressiste et souverainiste de gauche», pour piquer les péquistes.
M. Khadir croit que la crédibilité de Québec solidaire s’est manifestée dès sa fondation, en février 2006. Son parti de l’époque, l’Union des forces progressistes (UFP), et celui de Françoise David, Option citoyenne, fusionnaient alors. «L’UFP avait l’image d’un petit parti de radicaux venant de milieux très militants, qui n’avait pas la capacité de trouver une résonance dans le grand public, indique le député de Mercier, au cÅ“ur de Montréal.
«Le pari de redynamiser la gauche n’était pas gagné, poursuit M. Khadir. Surtout avec des positions relativement radicales comme les nôtres. Mais on n’a pas réussi à nous associer à la gaugauche dont on parlait systématiquement quand il était question de positions plus à gauche au Québec.»
Cinq ans après son assemblée de fondation, Québec solidaire fait partie du paysage, au dire de Françoise David. Selon les derniers coups de sonde, le parti souverainiste obtient 10 % des intentions de vote, et son seul député arrive à égalité avec Jean Charest quand vient le temps de dire qui ferait le meilleur premier ministre.
Un engouement certain qui ne tient pas qu’à l’aspect «nouveauté», d’après les deux porte-parole. «On ne peut pas dire que le succès d’Amir et notre montée dans les sondages viennent seulement de l’effet nouveauté. Ce n’est pas possible», croit Françoise David. Selon la militante, l’honnêteté et l’intégrité du parti y sont pour beaucoup. La proximité aussi. «Les gens nous voient, on parle avec eux et ils nous parlent. On n’est pas toujours dans le calcul politique et la stratégie.»
Amir Khadir croit de son côté à l’attrait qu’exerce la gauche sur la population de la Belle Province. «Sur le plan des valeurs, les Québécois sont plutôt à gauche, souligne-t-il. Sauf que le choix politique qui leur est offert fait en sorte que ça ne se traduit pas dans des choix cohérents sur le plan politique.» Prenant exemple sur Lula, au Brésil, M. Khadir croit que la gauche peut arriver à de «véritables réussites». «On ne sera pas prétentieux, on sait qu’il reste beaucoup de travail à accomplir, mais on a fait un bon bout de chemin», affirme Françoise David, qui a terminé au deuxième rang dans la circonscription de Gouin, dans Rosemont, lors des deux dernières élections.
Celle qui rêve de rejoindre son collègue à Québec se désole du rejet par la population de la classe politique dans son ensemble, mais se réjouit de la rage qui habite les Québécois. «Il y a une colère, avec le gaz de schiste par exemple, et j’adore ça, enfin! lance-t-elle. Tout le monde veut se débarrasser des libéraux, mais les gens regardent le PQ, et ça ne les enthousiasme pas. Ils regardent vers nous et, même si nous faisons du bon travail, ils ne sont pas encore tout à fait sûrs. Nous sommes dans une période charnière.»
Des projets sur la table
Québec solidaire a plusieurs projets en tête. Voici ce qui marquera l’année 2011 du parti.
- Pharma-Québec. Amir Khadir et son équipe travaillent à un projet de loi pour montrer comment ce plan cher au parti pourrait fonctionner. L’État produirait des médicaments au public afin de «casser» les prix du marché et faire en sorte que les Québécois profitent de la concurrence.
- Redevances sur les ressources naturelles. Un plan cadre sur les redevances des ressources naturelles sera dévoilé, afin de discuter des questions de propriété.
- Réforme du mode de scrutin. Pour changer le système actuel «injuste», Québec solidaire redoublera d’effort afin de faire adopter un mode de scrutin proportionnel. «On croit que ce n’est pas normal qu’un parti ait, par exemple, 15 % du vote et un seul député», affirme Françoise David.
- Deux congrès de discussions. Un congrès en mars (économie, écologie et travail) et un en décembre (services publics et culture) traceront les grandes lignes d’un programme qui donnera une vision à moyen terme au parti.
- Préparation pour les prochaines élections. «Ça peut être n’importe quand, avance Françoise David. On commence à penser plate-forme et candidatures. Des annonces seront faites dans les prochains mois.»
En rafale
Métro a demandé à Françoise David et à Amir Khadir de nous dire la première chose qui leur venait en tête lorsqu’on évoque les sujets suivants :
Gaz de schiste
Françoise David : Non
Amir Khadir : Propriété
Commission Bastarache
FD : Extrême timidité
AK : Flop monumental
Québec
FD : Beau peuple
AK : Les ailes d’un ange
Commission d’enquête publique sur le milieu de la construction
FD : Incontournable
AK : Il faut que ce soit crédible si ça arrive
Jean Charest
FD : Retraite
AK : Grand bâtisseur… «QUOI?» répond Françoise David. «On le taquine souvent au parlement, dit M. Khadir. Les libéraux parlent de Charest comme d’un grand bâtisseur…» «Un grand bâtisseur d’autoroutes, ça oui. Il est bon là-dedans!» conclut Mme David.