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Pierre Curzi: une année sous le signe de l'indépendance

En quittant le Parti québécois en juin 2011, Pierre Curzi a ébranlé le parti et l’autorité de son chef, Pauline Marois. Celui qui siège depuis comme député indépendant revient sur son année. Rencontre avec un électron libre.


Quel mot qualifierait votre année 2011?

Liberté. Mon départ du caucus aura été une sorte de libération. Ce n’est pas pour ça que je suis parti, mais je me suis libéré d’une ligne de parti, de l’appartenance à un groupe. J’ai retrouvé une liberté de parole et de pensée avec ses corolaires, c’est-à-dire des responsabilités et une charge de travail accrues.


Quels sont les avantages d’être un député indépendant?

Le principal avantage, c’est la responsabilité. Je suis davantage responsable de ma représentativité politique. Ce n’est pas un parti, mais moi-même, en tant que député élu, qui représente les gens de ma circonscription et une partie des citoyens. Je ne peux pas mettre la faute sur quelqu’un d’autre. Je peux me prononcer sur davantage de sujets, de la façon dont je le veux et au moment où je le souhaite.


Et quels sont les désavantages?

On a moins de portée. Comme je n’ai plus la force du nombre, c’est plus difficile d’avoir accès aux médias que lorsque j’étais porte-parole en matière de langue du Parti québécois. Quand on est responsable d’un dossier, les gens viennent nous voir automatiquement et ça, ça disparaît lorsqu’on devient indépendant.


Regrettez-vous d’avoir quitté le PQ?

Non, car ma décision était basée sur des faits concrets. Le projet de loi 204 sur l’amphithéâtre de Québec allait priver le citoyen d’un droit qui m’apparaît fondamental [celui de contester en cour l’entente entre la Ville de Québec et Quebecor Media]. Il y avait aussi une fatigue de la façon dont la politique s’exerce. Certaines personnes sont parties et d’autres sont restées au PQ, mais on était d’accord sur la nécessité de faire de la politique autrement.


Qu’est que votre départ et ceux de Louise Beaudoin, Lisette Lapointe et Jean-Martin Aussant ont changé pour le PQ?

Il y aura un conseil national où des propositions seront faites pour changer des pratiques au sein du parti. Des gens du PQ m’ont dit: «Si vous n’étiez pas partis, on ne serait pas arrivé à ce résultat.» On a accéléré la transformation du PQ. On a aussi exacerbé des problèmes auxquels le parti ne répondait pas. Par exemple, il y avait un déni du fait que François Legault allait créer un parti et que ça changerait la donne politique. Les faits ont révélé qu’on avait raison de s’en préoccuper.


Êtes-vous d’accord avec le député péquiste de Drummond, Yves-François Blanchet, qui affirme que vous avez amorcé la crise au PQ?

Je ne suis pas d’accord. On a été l’élément déclencheur, mais la crise couvait depuis longtemps. C’est plus facile de trouver des responsables que d’admettre qu’il y avait des choses à régler. […] On a accéléré une désaffection du PQ, mais ce n’est pas vrai qu’on en est la cause.


Pourriez-vous envisager un retour au PQ?

[Silence] Mme Marois est revenue sur le projet de loi 204 à Tout le monde en parle où elle a, en quelque sorte, déclaré qu’elle avait mal géré cette crise. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle on est parti. Il y avait une sorte de culture au PQ, une sorte de vieillissement. C’est extrêmement difficile de se renouveler de l’intérieur. Il faudra voir dans quelle mesure ce parti y arrivera, mais je me suis exclu de la possibilité de le changer de l’intérieur.


En 2012, année d’élections, allez-vous vous présenter en tant que député indépendant?

C’est possible, mais ce n’est pas sûr que je sois réélu. En tant que député indépendant, je ne suis pas malheureux, mais ce n’est pas une solution idéale. Il y a des limites. C’est difficile de voir à long terme dans notre système politique en n’ayant pas d’étiquette.


Vous pensez donc rejoindre un parti?

Est-ce que je veux me lier à une étiquette? Bonne question. Quand on est indépendant, on est convoitable. C’est un rapport de force intéressant, on peut choisir vers qui aller. Je suis proche de trois partis. Je demeure proche de la plate-forme électorale d’un certain nombre de députés du PQ. Je suis aussi proche de plusieurs des points de vue de Québec solidaire. Et je suis très proche de Jean-Martin Aussant [qui a fondé le parti Option nationale]. Dans ces trois plateformes, il y a énormément de choses semblables. S’il y avait une réunion de tout ce monde-là, ce serait formidable.


Vous avez récemment prononcé un discours à la première réunion d’Option nationale, c’est une prise de position?

J’y suis allé par amitié pour Jean-Martin et parce qu’il m’avait demandé de parler de la langue. Sa plate-forme n’est pas très élaborée pour le moment, mais il y a beaucoup de points de vue que je partage complètement, comme la gratuité scolaire et l’indépendance du Québec.


Quels sujets vous intéressent particulièrement maintenant que vous n’êtes plus porte-parole en matière de langue?

Les ressources naturelles. C’est l’avenir du Québec qui est en jeu. Il faut affirmer clairement qu’elles nous appartiennent et que les retombées soient collectives. Il y a la question des pouvoirs du Québec dans un Canada qui se transforme. Il y a aussi les questions identitaires. La laïcité est un problème, tout comme la question de la langue et les deux se mêlent. J’ai autant peur des extrémistes nationalistes de souche que des extrémistes islamistes. Puis, il y a les institutions démocratiques. Certaines réformes sont à faire, je crois qu’on doit se diriger vers un type de scrutin proportionnel. Il faut aussi une clarification des pouvoirs législatifs, judiciaires et exécutifs.


Quels seront les dossiers importants en 2012?

Il y a une question délicate à laquelle il faudra apporter des réponses, c’est celle de l’immigration. On est injuste avec les  gens qu’on accueille parce qu’on ne leur donne pas tous les moyens de réussir dans notre société. On refuse que l’immigration nous transforme et on refuse de transformer l’immigration. On fait semblant que ce n’est pas un problème et on laisse faire une situation qui ne me semble pas saine.


Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour 2012?

[Silence] On pourrait me souhaiter que mes discours rejoignent le plus de gens possible.


Peut-on vous souhaiter de trouver un parti?

Oui, un parti dans lequel je me sentirais bien et que j’enrichirais.

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