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Hé le jeune!

Dans son rapport publié mardi, tout de suite après qu’il eut été mentionné que le jeune Villanueva ne méritait pas de mourir, que sa mémoire ne devait pas être associée à celle d’un voyou et que rien ne montrait qu’il avait agi de façon à mettre en péril la vie d’un policier, le coroner recommandait au ministère de l’Éducation d’enseigner dès le début du secondaire la façon adéquate de se comporter avec un policier lorsqu’on est interpellé pour une infraction.

Je ne sais même pas par quel bout prendre cette recommandation tellement elle annule toute la gamme de bons sentiments envoyés précédemment à la famille de la jeune victime.

Autrement dit, c’est la faute du policier si Fredy Villanueva est mort; c’est un peu parce que, dans la vie, certains policiers sont des tatas, mais on va devoir apprendre aux jeunes à dealer avec des tatas parce que c’est ça la réalité : dans la police, il y a des tatas, des tatas dans les mains desquels on met des fusils qui tuent.

Ça m’a rappelé un épisode absurde de pédagogie policière. Au secondaire, un policier était intervenu dans notre école pour nous donner quelques recommandations sur comment ne pas se faire attaquer. Lorsque quelqu’un a suggéré l’usage du poivre de Cayenne, le policier nous a appris que c’était interdit par la loi. «Qu’est-ce qu’on fait, d’abord, mettons qu’on est vraiment mal pris», avait demandé quelqu’un.

«J’ai un truc pour vous», avait répondu le policier. «Tu prends ton trousseau de clefs, pis la plus longue, tu la mets entre tes doigts et tu l’envoie dans l’œil de ton assaillant. Ça c’est pas illégal.» Dans cette classe composée à majorité de mineurs, une seule personne ne semblait pas comprendre l’absurdité de ce qui venait d’être dit : le policier. C’est là que j’ai appris que, dans la vie, des adultes en position d’autorité étaient tout à fait autorisés à avoir moins de jugement que des adolescents.

Alors, qu’est-ce qu’on va leur apprendre, aux jeunes dès le secondaire? Qu’au cas où ils feraient face à des adultes en position de pouvoir susceptibles de manquer de jugement, ils devraient filer doux comme des agneaux, maîtriser l’impétuosité qui caractérise la période de vie dans laquelle ils se trouvent, se soumettre à leur autorité même s’ils sont à un âge qui en défie toutes les formes? J’imagine comment sera reçu cet enseignement dans les quartiers où les jeunes sont déjà stigmatisés par leur appartenance sociale, où ils n’ont même pas eu le temps de se faire une opinion sur la police qu’ils savent déjà qu’elle est contre eux.

On devrait pas leur apprendre à dealer avec des tatas, à ces jeunes, on devrait au pire leur apprendre qu’ils ont des droits, et que ceux-ci méritent d’être respectés.

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