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Vers une prostitution plus équitable

La question de la prostitution est complexe, parce que cet enjeu de société nous questionne sur notre rapport bien personnel à notre propre sexualité. Pour certaines, échanger une faveur sexuelle contre de l’argent n’a rien de différent d’un service de soins de santé alors que d’autres se sentent humiliées dans leur féminitude à la simple idée que d’autres femmes fassent l’objet de telles transactions.

J’ai discuté récemment avec une prostituée militant en faveur de la décriminalisation du métier qu’elle exerce, dit-elle, avec passion. À titre de travailleuse autonome, Marylie travaille selon ses propres conditions dans un lieu qui était jugé illégal jusqu’à aujourd’hui. Ses clients se plient à ses conditions strictes et chacun passe sous la douche avant de procéder à la chambre. Lorsque je lui ai demandé comment il était possible que des hommes qui désirent s’adonner à une sexualité pour laquelle ils payent de façon à pouvoir en contrôler les ressorts acceptent de se conformer à ses demandes, Marylie m’a présenté ses clients comme des féministes acceptant de faire appel à la prostitution pour soulager leurs envies à condition que cela se fasse dans le respect de la femme.

Je m’apprête à faire une comparaison qui risque d’être mal interprétée, mais au diable la dépense : ça m’a fait penser à ces bobos qui se targuent de manger de l’agneau bio élevé en liberté, oubliant que l’animal est mort et/ou s’imaginant qu’on lui a chanté une berceuse avant de lui enlever la vie de manière tout à fait indolore, la comparaison portant évidemment sur la perception équitable de la chose et non sur quelque rapprochement que ce soit entre le corps d’une prostituée et de la viande.

Ma comparaison, en fait, vise à montrer que toute chose peut paraître plus ou moins équitable selon la posture par laquelle on la prend. Pour le végétarien radical, le panier de viande bio n’est qu’un faux-fuyant visant à déculpabiliser un mangeur de viande assassin, et pour Marylie, ceux qui jugent son métier ou ses clients n’ont qu’une vision puritaine de la sexualité.

Évidemment, les gens qui s’adonnent à la prostitution ne sont pas tou(te)s des Marylie autonomes et en contrôle de leur travail. S’il y a un reproche avec lequel des organismes comme Stella devront composer durant l’année de combat politique qui les attend, c’est de présenter une vision toute rose et féministe de la prostitution alors qu’en réalité, plusieurs personnes se font exploiter devant une absence de choix.

Mais que la prostitution prenne des formes qui nous apparaissent plus ou moins équitables, il n’en tient qu’aux femmes de décider de comment elles disposent de leur corps, et je pourrai juger autant comme autant leur choix ou non-choix de vie, avoir pitié d’elles, c’est vraiment leur affaire. Compte tenu de ça, il est primordial que les lois ne mettent pas en péril la sécurité et la santé de Marylie et qu’elles ne la pénalisent pas le jour où elle voudrait faire un choix qui ferait plus l’affaire de la société.

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