Léo Bureau-Blouin: «Il n’est plus question d’ignorer les jeunes»
Le plus jeune député de l’histoire de l’Assemblée nationale, Léo Bureau-Blouin, dévoile mardi le fruit de son tout premier projet: le livre blanc sur la politique jeunesse. L’élu de Laval-des-Rapides, qui a été mandaté par Pauline Marois pour mener des consultations à travers la province, présente à Métro le document qui orientera les décisions destinées aux jeunes de 15 à 29 ans.
À quoi va servir exactement ce livre blanc?
Il recueille les propos qui sont ressortis des consultations menées auprès de 3 700 jeunes, ainsi que les commentaires que plusieurs autres milliers nous ont fait parvenir via l’internet. Le livre blanc permettra de tenir une commission parlementaire dans les prochains mois, puis, ultimement, d’adopter d’une politique jeunesse qui réorientera les 500M$ investis dans les programmes gouvernementaux destinés aux jeunes.
De quoi ont besoin les jeunes d’aujourd’hui?
Un commentaire qui est revenu de façon récurrent est celui de la conciliation famille-étude-travail. Si les jeunes ont souvent vu leurs parents opposer travail et famille, eux veulent plutôt l’adapter, en modifiant l’offre des services de garde à d’autres horaires que le régulier 9h à 5h. Quelques garderies existent déjà où les parents ont droit à plus de flexibilité, il faut selon moi financer et multiplier ces initiatives.
Dans le cadre de votre tournée, vous avez commandé un portrait statistique qui a révélé que 13% des 1,5 millions de jeunes Québécois ne sont ni aux études, ni ne travaillent…
Oui, et c’est inquiétant. C’est une des raisons qui m’a poussé à suggérer la création d’un «service citoyen», qui permettrait aux jeunes en transition entre le secondaire, le cégep ou l’université d’être financés pour faire du bénévolat à l’extérieur de leur région. Ces périodes peuvent aider à découvrir ce qui les anime, ce qui les passionne.
Vous suggérez aussi de multiplier les programmes de mentorat, pourquoi cela vous semble important?
Les jeunes travailleurs constatent souvent qu’il y a un décalage entre l’école et la réalité. Les mentors peuvent apporter d’autres types de connaissances, que ce soit pour aider des jeunes à démarrer leur entreprise, par exemple. Jamais le Québec ne va avoir eu un aussi grand bassin de retraités en bonne santé. Il y a là la possibilité de se servir du savoir des aînés pour renforcer les échanges intergénérationnels.
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Des élections se tiendront vraisemblablement dans les prochains mois. Avez-vous peur que vos efforts et votre travail finissent sur une tablette?
Il se peut que des élections perturbent mon projet. Mais dans tous les cas, je m’efforcerai de constamment apporter les enjeux intergénérationnels dans le débat politique. Il n’est plus question d’ignorer les jeunes.
Est-ce qu’en tant qu’ancien leader étudiant lors du conflit de 2012, vous avez assisté à une situation où le gouvernement a ignoré les revendications des jeunes?
Oui. Nous avons vu un gouvernement nous tourner carrément le dos. Le but du livre blanc, des consultations et de la politique jeunesse est justement de s’assurer que les jeunes fassent partie du dialogue. Mais aussi, qu’ils soient plus présents dans les prises de décision. L’appareil gouvernemental doit mieux préparer sa relève, à mon avis, et développer des mécanismes pour inclure les jeunes et les former tranquillement à prendre le relais au moment venu.
Pensez-vous avoir des chances d’être réélu?
Je ne peux pas prévoir le résultat, je ne sais même pas qui je vais affronter, mais je sais que les Lavallois m’apprécient. Au début de mon mandat, j’avoue avoir été inquiet de l’accueil des gens, qu’ils craignent que mon jeune âge me nuise. Depuis, je pense avoir été en mesure de leur prouver que même si je n’ai pas vécu toute une vie, je peux comprendre les problèmes dont ils me font part et je suis en mesure de chercher les solutions adéquates.
Pensez-vous faire de la politique toute votre vie?
Grande question! Je ne sais pas encore si je vais faire de la politique indéfiniment, mais je compte rester tant que j’ai des objectifs et des projets à réaliser. Ce dont je suis certain, c’est que j’ai encore quelque chose à apporter.