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Dépenses de sécurité: des économies potentielles de 4,5G$

Les dépenses du gouvernement fédéral en matière de sécurité nationale ont été 56% supérieures à l’inflation depuis 1997.

C’est ce qui ressort d’une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) sur la croissance des dépenses sécuritaires du fédéral, rendue publique mardi.

En ajustant les dépenses sécuritaires à la croissance des autres dépenses du gouvernement, l’IRIS estime même que le fédéral ferait des économies de 4,5G$ pour l’année en cours.

«Le fédéral annonce des coupes au sein de Postes Canada en raison d’un déficit de 110M$. Ces économies permettraient très clairement d’éponger ce déficit. Ou encore, on pourrait développer une politique de logements sociaux et de lutte à la pauvreté à l’échelle du Canada, politique qu’on évalue à 4G$», illustre Philippe Hurteau, auteur de la note et chercheur à l’IRIS.

Si les dépenses sécuritaires ont augmenté de 56% au-dessus de l’inflation, pour l’ensemble des 16 années de la période d’étude, «le total des dépenses budgétaires du gouvernement fédéral a [quant à lui] grimpé de 29 %», seulement, indique la note économique de l’IRIS.

Sur toute la période d’étude, de 1997-1998 à 2012-2013, l’IRIS a constaté que les montants alloués aux dépenses de sécurité au pays sont donc en forte augmentation au Canada, mais également qu’une nette accentuation s’est produite à l’arrivée au pouvoir du Parti conservateur, en 2006. Au moins 70% de l’augmentation des dépenses en matière de sécurité nationale a eu lieu sous ce gouvernement, indique la note de l’IRIS.

«Le gouvernement fédéral est engagé depuis plusieurs exercices financiers à résorber le déficit budgétaire. Cependant, l’appel à comprimer les dépenses de l’État ne semble pas s’appliquer à l’achat d’avions de chasse, aux prisons, aux corps policiers et aux services de renseignement. Au moment même où il exige des sacrifices des chômeurs et chômeuses, l’État fédéral défend que le rehaussement des capacités opérationnelles des forces armées soit une priorité nationale», constate M. Hurteau.

En réaction à cette étude, Germain Belzile, maître d’enseignement à l’Institut d’économie appliquée de HEC Montréal, croit qu’en comparant les données avec d’autres pays, le Canada ne fait pas figure d’exception.

«Quand on regarde les chiffres des autres pays non conquérants, les dépenses du Canada sont loin d’être exagérées», mentionne M. Belzile.

Selon les données de la Banque mondiale, le Canada dépensait 1,2 % de son PIB pour sa défense nationale en 2012, la Suède y accordait 1,2% de son PIB, la Norvège et le Danemark 1,4 %.

«En se comparant avec des pays comme la France, qui y accorde 2,3% de leur PIB, les dépenses du Canada sont même bien en-dessous de celles de ces pays», remarque le professeur qui ajoute que le Canada a plusieurs engagements internationaux, notamment auprès des Nations unies, qu’il doit respecter.

Le professeur Belzile croit que l’augmentation des dépenses du gouvernement conservateur est également due à la mise à niveau du matériel devenu désuet à la suite du règne des libéraux.

«Les libéraux ont fait abaisser le budget de la Défense nationale entre 1996 et 2005, mais ils ne remplaçaient pas le matériel des militaires, comme les avions et les hélicoptères, qui vieillissait. C’est en train de changer, parce qu’on est en train de remplacer une négligence. Je crois qu’une partie de l’augmentation est due à ces remplacements», affirme le professeur.

Il termine en notant, toutefois, que «beaucoup d’économistes» remettent en question la lutte à la drogue au Canada, alors que de plus en plus d’États aux États-Unis légalisent la marijuana.

«La guerre à la drogue, je pense qu’on reconnait de plus en plus que c’est un gaspillage de ressources immense. On met beaucoup d’argent dans quelque chose de futile, parce que tant que les gens vont vouloir prendre de la drogue, ce n’est pas vraiment la police qui va les empêcher. Il doit y avoir un pourcentage considérable de personnes dans les prisons qui n’y sont pas parce qu’ils ont tué quelqu’un, mais bien parce qu’ils ont été pris avec de la drogue pour consommation personnelle. Il faudrait arrêter d’investir des ressources pour ce combat», déplore M. Belzile.

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