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Élections provinciales: analyse des points saillants de la semaine

Photo: LOUISE LEBLANC

Pour commenter l’actualité électorale de la semaine, Métro s’est entretenu avec François Gélineau, titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval.

Qu’avez-vous retenu de cette semaine de campagne?
J’ai l’impression que le ton de la campagne est désormais plus axé vers l’attaque et moins vers le contenu. Les candidats parlent très peu de projets d’avenir ou alors ce n’est pas retenu par l’opinion publique et les médias. C’est préoccupant parce que les gens finissent alors généralement par décrocher.

Quelles sont les stratégies utilisées par les partis?
Comme la lutte est très serrée entre le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ), ces deux partis vont avoir tendance à essayer de montrer que voter pour les plus petits partis c’est risquer de voir le parti ennemi arriver au pouvoir. Les partis comme la Coalition avenir Québec (CAQ) ou Québec solidaire (QS) vont au contraire tenter de contrer le vote stratégique en poussant les électeurs à voter selon leurs convictions.

Selon le site threehundredeight.com, qui analyse les données des sondages, le PLQ est en avance, mais son chef Philippe Couillard pourrait ne pas être élu. Est-ce déjà arrivé?
En 1985, c’est arrivé à Robert Bourassa, lorsqu’il est revenu en politique après neuf ans d’absence. Un député a alors dû lui céder sa place dans une circonscription plus sûre et une élection partielle a été organisée six semaines plus tard. Élection qu’il a finalement remportée. Aujourd’hui, il y a une règle non écrite qui dit que les partis d’opposition laissent alors le champ libre au chef du parti opposé. Ceci dit, M. Couillard pourrait quand même profiter de la remontée de son parti et être élu, car généralement les électeurs aiment bien avoir le premier ministre dans leur circonscription.

Plusieurs citoyens désabusés soulignent le fait que l’élection ressemble à toutes les précédentes. Qu’en pensez-vous?
La précédente, en 2012, était précédée du printemps érable, et les gens sentaient qu’on discutait des vrais enjeux alors je la mettrait à part. Pour celle-ci, je suis plutôt d’accord. L’enjeu de la charte est très peu mis de l’avant, et le thème du référendum n’est pas perçu comme un thème constructif par la population. Je m’inquiète donc un peu du taux de participation, surtout chez les jeunes qui se sentent généralement peu concernés par les thèmes de la santé ou même de l’économie.

Que pensez-vous de la couverture médiatique?
C’est Amir Kadir, de Québec solidaire, qui résume bien ce que pensent plusieurs. Les trois principaux partis ont, en pourcentage, une couverture médiatique supérieure à leur électorat. Il notait par exemple que la CAQ avait 25% de couverture médiatique alors que le parti est à 15% des intentions de vote. La couverture accordée à Québec solidaire est plutôt inverse (5% de poids média vs 9% dans les intentions de vote). C’est lié au mode de scrutin qui ne respecte par la proportionnalité et ça se retrouve dans les médias qui auront plutôt tendance à couvrir les partis qui ont le plus de chance d’être au pouvoir.

Certains disent que les sondages influencent le vote. Faut-il plus encadrer leur utilisation?
Il n’est pas prouvé hors de tout doute que les sondages affectent les électeurs en les poussant à se rallier aux meneurs. L’élection de 2012 en Alberta montre que les sondages peuvent royalement se tromper puisque le Wilderose, qui menait largement, a finalement perdu. Par contre, les sondages ont certainement pour effet de faire dévier les médias des réels enjeux en concentrant une partie du contenu sur l’analyse des dernières prévisions. Actuellement, le tiers du contenu médiatique lié à la campagne électoral est occupé par l’analyse des sondages.

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