Regard sur la première banque de lait maternel au Québec
La banque de lait maternel d’Héma-Québec a distribué ses premières bouteilles à la fin du mois d’avril. Elle ouvrait ses portes aux médias mardi afin de préciser ses objectifs et son fonctionnement.
Pour sauver des nouveaux-nés
Cette banque est la quatrième banque de lait maternel au Canada à voir le jour, alors qu’il en existe une quinzaine en Amérique du Nord. «Il y a une reconnaissance grandissante et bien documentée des bienfaits du lait naturel, en opposition au lait maternisé, pour prévenir l’entérocolite névrosante chez les nouveaux-nés prématurés», a exposé le Dr Marc Germain, vice-président aux affaires médicales chez Héma-Québec. La prise de lait maternel ferait diminuer de 60% les risques que les grands prématurés, soit quelques centaines de bébés québécois chaque année, développent cette maladie intestinale sévère qui touche de 5 à 6% des poupons. La banque de lait est donc destinée à ces prématurés dont les mères ne peuvent pas allaiter. Si la banque enregistre un jour des surplus, M. Germain croit que le lait pourrait aider des enfants qui ont d’autres problèmes, comme des intolérances ou des allergies au lait maternisé.
La récolte
Héma-Québec estime qu’il faudrait environ 3700 litres de lait par année, soit 300 donneuses, pour répondre à la demande des hôpitaux. Le recrutement va bon train, puisque 178 donneuses se sont enregistrées depuis qu’il a débuté en février dernier. Dans huit centres hospitaliers du Québec, les nouvelles mères se font recruter pour donner du lait en même temps que pour donner du sang de cordon. Les mères qui acceptent de le faire, sur une base volontaire, doivent allaiter leur bébé et avoir une surproduction de lait, être en bonne santé et non fumeuses, répondre à un questionnaire médical et se soumettre à un test sanguin. Les donneuses récoltent leur lait à la maison, l’embouteillent et le conservent dans leur congélateur. Héma-Québec va ensuite le récupérer à domicile.
La transformation
En arrivant aux laboratoires d’Héma-Québec, les bouteilles de lait sont entreposées dans un congélateur le temps d’être pesées et enregistrées dans un système informatique. Elles sont ensuite décongelées et mélangées avec le contenu d’autres bouteilles. «On mélange le lait de six mères différentes pour uniformiser le contenu nutritif, qui peut varier d’une femme à une autre», a expliqué M. Germain. Le résultat est par la suite réparti dans des contenants de 100ml. Ces petites bouteilles passent ensuite à la machine à pasteurisation. «Ça détruit les virus et les microbes qui pourraient s’y trouver», a rapporté M. Germain.
Une machine de pasteurisation:

La distribution
Les scientifiques d’Héma-Québec analysent la qualité du lait pasteurisé et vérifient les informations de santé des mères avant d’attribuer une étiquette de conformité aux bouteilles. Ces dernières peuvent ensuite être conservées congelées jusqu’à un an. Elles sont finalement distribuées à sept hôpitaux du Québec qui possèdent des unités néonatales, dont cinq à Montréal. Selon M. Germain, ce service aurait été difficile à mettre sur pied dans chaque hôpital. «Plein de raisons font en sorte qu’Héma-Québec était la solution idéale pour répondre à ce besoin-là, a affirmé M. Germain. On avait déjà l’habitude de travailler avec des produits biologiques d’origine humaine, comme du sang et des tissus humains. On a en place tout un système pour s’assurer que le produit biopharmaceutique est de qualité et de sécurité optimale.»
