Les frais de garderie modulés d’ici avril 2015
Le premier ministre Philippe Couillard a déclaré mercredi que son gouvernement veut tenir compte des différences de revenus des parents pour établir les tarifs des services de garde.
M. Couillard a affirmé que l’objectif du gouvernement est d’assurer la pérennité du programme de services de garde. «On veut que le régime soit préservé, on veut qu’il soit équitable et qu’il reflète la structure de revenus du Québec», a-t-il dit.
Selon un reportage du quotidien Le Devoir, les familles gagnant moins de 75 000$ net par année devront payer 8$ par jour pour envoyer leurs tout-petits à la garderie. Les familles ayant un revenu de 75 000$ à 100 000$ net paieraient entre 8$ et 12$ par jour, alors que les familles gagnant au-delà de 100 000$ net verraient leur note s’élever à entre 12$ et 15$, selon des documents cités par le quotidien montréalais.
Ces frais toucheront les services de garde en Centre de petite enfance (CPE), ainsi que ceux en milieu familial et en garderie privée subventionnée.
Le gouvernement du premier ministre Philippe Couillard avait annoncé la fin du gel du tarif de garderie à 7$ le 1er octobre dernier.
Réactions
La co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, n’avait, mercredi, qu’un mot pour décrire la nouvelle grille tarifaire «non».
«Ce à quoi on assiste, c’est un charcutage sans précédent de l’état québécois et des services à la population, a-t-elle dit en point de presse. Il me semble que la population a le droit de dire « non, M. Couillard, on n’a pas voté pour ça ».»
En période de questions à l’Assemblée nationale, le chef par intérim du Parti québécois (PQ), Stéphane Bédard, a fustigé le premier ministre pour ce «choc tarifaire». «C’est une attaque directe contre la classe moyenne», s’est-il indigné.
Du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), la porte-parole en matière de Familles, Lise Lavallée, dénonce la volte-face du gouvernement. Par voie de communiqué, elle fait savoir que l’actuel ministre des Finances, Carlos Leitão, s’était déjà prononcé contre une hausse de 7$ à 9$ des tarifs de garde. «Le gouvernement libéral s’en prend encore une fois aux parents du Québec, dit-elle dans le communiqué. Pensez-y, on parle d’une hausse de 7,30$ à 20$! C’est 254$ de plus, par mois, par enfant, pour certaines familles.»
À la Confédération des syndicats nationaux (CSN), on a aussi tenu à rappeler les promesses électorales des libéraux, tout en dénonçant les effets potentiels de la modulation. «L’augmentation proposée aura un effet négatif important sur le revenu des familles. Un tel choc tarifaire fait également craindre un retour en arrière de la condition féminine, a dit par voie de communiqué la vice-présidente, Véronique De Sève. Rappelons que les services de garde à 5$, puis 7$, ont favorisé une meilleure équité entre les femmes et les hommes en assurant l’accès et le maintien des femmes sur le marché du travail.»
Le directeur général de l’Association québécoise des CPE (AQCPE), Louis Sénécal, n’a pas caché son mécontentement sur les ondes de Radio-Canada, mercredi matin. «On est vraiment atterrés, scandalisés», a-t-il lancé, déplorant entre autres que cette modulation s’est élaborée sans leur participation. «Cette modulation existe déjà avec les impôts, alors ce qu’on voit, c’est une véritable taxe-famille, a-t-il dit. Ça va être une barrière à l’entrée [aux services de garde] majeure, c’est un scandale.»
La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) s’est dite «estomaquée» par les événements de mercredi. «Depuis son élection en avril dernier, le gouvernement Couillard semble se jouer bassement des Québécoises et des Québécois en démantelant un à un les services publics auxquels ils tiennent, a déclaré par voie de communiqué la présidente Louise Chabot. C’est scandaleux de gérer l’État de la sorte, à la petite semaine, sans penser aux conséquences que ces changements majeurs peuvent avoir sur l’ensemble de la population.»
L’AQCPE propose d’ailleurs une mobilisation à grandeur du Québec dimanche le 9 novembre pour dénoncer l’ensemble de la politique familiale du gouvernement. À Montréal, la manifestation aura lieu à 10h à la Place des festivals.
Avec La Presse canadienne