Tarifs des garderies: les parents invités à manifester leur opposition
L’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) enjoint les familles à manifester, dimanche, leur opposition aux hausses de tarifs annoncées cette semaine par le gouvernement Couillard.
Un vaste rassemblement est prévu à la place des Festivals, à Montréal. Des dizaines de milliers de personnes sont attendues.
«Je ne peux pas croire qu’au Québec, il y a une démocratie juste le jour de l’élection, a lancé vendredi le président-directeur général de l’AQCPE, Louis Senécal. Je pense qu’un gouvernement majoritaire doit être à l’écoute de la population. Si on se manifeste largement ce dimanche, il va y avoir une démonstration claire au Québec qu’on n’a pas pris la décision de mettre en cause notre politique familiale.»
Le quotidien Le Devoir a rapporté cette semaine que le gouvernement du Québec souhaite moduler les frais de garde selon les revenus des parents. À partir du 1er avril, le tarif journalier passerait à 8$ et un frais supplémentaire de 1$ à 12$ serait imposé. La ministre de la Famille, Francine Charbonneau, n’a pas voulu confirmer cette nouvelle grille tarifaire, mais le premier ministre, Philippe Couillard, a évoqué la fin du tarif unique des garderies pendant les débats à l’Assemblée nationale.
«Ce réseau a le droit d’exister, mais ça ne doit pas nous empêcher d’innover ou d’optimiser le réseau pour les familles», a récemment indiqué l’attachée de presse de la ministre de la Famille, Hélène Sauvageau, à Métro. Cette dernière a expliqué que la ministre attend d’obtenir le rapport de la Commission de révision des programmes avant de prendre une décision sur le réseau des CPE.
Au cours des deux dernières semaines, l’AQCPE a visité huit villes du Québec pour partager son inquiétude devant les intentions du gouvernement de revoir la politique familiale au Québec. M. Sénécal a souligné que les CPE ont aidé des parents de jeunes enfants à retourner sur le marché du travail ou à l’école, en plus de donner un coup de main aux petits ayant des difficultés particulières.
«[Les libéraux] nous ont menti en campagne électorale en nous disant que jamais ils n’allaient augmenter les tarifs des garderies. Qu’est-ce qu’on voit aujourd’hui ? Ils veulent presque les doubler», a dénoncé le porte-parole de l’opposition officielle en matière de Famille du Parti québécois, Mathieu Traversy.
Sa collègue de Québec solidaire, Françoise David, a jugé «indécente» la décision du gouvernement Couillard de revoir les tarifs des garderies. Elle propose plutôt d’imposer de façon plus significative les plus riches, ce que les libéraux sont peu disposés à faire. «Ce gouvernement est illogique, a fulminé Mme David. C’est possible de moduler des tarifs dans un réseau, mais ce n’est pas possible d’augmenter les impôts des plus riches. Come on! C’est quoi ce raisonnement!»
L’ancien député de Vachon et auteur du rapport Un Québec fou de ses enfants, Camil Bouchard, croit pour sa part que «le gouvernement doit réfléchir sérieusement avant de chambouler le réseau des CPE», qui représente selon lui «le plus grand chantier depuis celui de la Baie-James».
«Il faut rappeler au gouvernement que transformer ce réseau en machine à sous est une grave erreur, a affirmé le psychologue communautaire. Il risque de perdre au change et il risque de nous faire reculer de 20 ans. Un gouvernement qui sait compter doit d’abord compter sur ses tout-petits.»
Une pétition est en ligne sur le site de l’Assemblée nationale pour réclamer la sauvegarde de la politique familiale au Québec. Au cours des derniers jours, près de 2000 signatures se sont ajoutées. Elle en comptait plus de 26 000 ce vendredi, au moment de mettre en ligne.