Grève étudiante: la judiciarisation s'intensifie
MONTRÉAL – Le ministre de la Justice du Québec, Jean-Marc Fournier, rejette la demande des leaders étudiants qui souhaitaient le voir intervenir pour freiner ce qu’ils estiment être un recours abusif aux tribunaux en marge du conflit étudiant actuel.
M. Fournier soutient au contraire que le droit qui doit être défendu est celui d’aller en classe.
«Il n’y a pas de droit qui existe de bloquer l’accès, a déclaré vendredi le ministre en point de presse à Montréal. Il y a un droit qui existe de suivre ses cours parce que le droit à l’éducation est reconnu.
«Les tribunaux font valoir les droits. Ceux qui veulent les exercer ont tout à fait le droit de demander aux tribunaux. Ceux qui empêchent que les droits soient exercés ne peuvent pas venir nous dire ce matin que les tribunaux sont d’aucun recours parce qu’en ce moment la loi est contre le blocage des portes, alors les tribunaux sont contre le blocage des portes», a-t-il poursuivi.
Les porte-parole de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) avaient lancé cet appel plus tôt dans la journée, vendredi, devant le Palais de justice de Montréal, alors que huit nouvelles demandes d’injonctions provenant de cégépiens devaient être entendues en journée.
Les étudiants demandeurs souhaitaient obtenir l’accès à leurs cours aux collèges Ahuntsic, Bois-de-Boulogne, Lionel-Groulx, Marie-Victorin, Montmorency, Rosemont, Saint-Hyacinthe et Saint-Laurent.
Léo Bureau-Blouin, de la FECQ, ainsi que Jeanne Reynolds et Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE, ont une fois de plus dénoncé la judiciarisation du conflit.
Selon eux, les injonctions n’ont contribué qu’à envenimer la situation en provoquant des confrontations entre étudiants sur les campus au moment du retour en classe de certains individus.
Jeanne Reynolds a souligné qu’une trentaine de demandes d’injonctions ont été présentées jusqu’à ce jour, dans le but de permettre la reprise des cours malgré le conflit étudiant. Son camarade de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a également précisé que les injonctions obtenues n’ont pas permis la reprise des cours dans la majorité des cas et que tout porte à croire que le scénario sera le même avec les injonctions de vendredi.
Plusieurs institutions ont préféré annuler leurs cours en dépit des injonctions pour des raisons de sécurité, alors que des étudiants opposés au retour en classe ont bloqué l’accès aux institutions.
Le cégep de l’Outaouais, qui a été le théâtre d’affrontements entre étudiants et policiers, reprendra «les cours de formation régulière selon l’horaire du lundi 14 mai dès 8 heures», comme l’indiquait la direction en fin de journée, vendredi.
Au terme d’un vote secret très serré, la majorité des étudiants de cet établissement ont choisi de mettre fin à la grève. Au total, 807 personnes ont voté contre la reconduction de la grève jusqu’au 18 mai, tandis que 789 ont voté pour. Les étudiants réunis en assemblée générale avaient auparavant rejeté l’offre du gouvernement du Québec à l’aide d’un vote à main levée.
Dans un communiqué, le cégep indique que «la direction prendra quelques jours afin d’évaluer la durée du prolongement de la session d’hiver et en informera l’ensemble de sa communauté à partir du moment où le scénario du calendrier scolaire sera officiellement adopté».
Par ailleurs, M. Bureau-Blouin a confirmé que 83 pour cent des associations membres de sa Fédération ont rejeté l’entente de principe conclue la semaine dernière entre le gouvernement Charest et les leaders étudiants.
Les associations étudiantes membres de la FEUQ ont également rejeté l’offre gouvernementale. Ils se disent encore ouverts à discuter, mais considèrent que les propositions du gouvernement sont insuffisantes. L’idée d’un comité n’a pas été rejetée dans son ensemble, mais les membres de la FEUQ demandent que celui-ci soit «doté d’une composition moins défavorable aux étudiants et que ses conditions soient contraignantes pour la ministre de l’Éducation et les administrations universitaires».
Pour Gabriel Nadeau-Dubois, si des étudiants veulent vraiment éviter de perdre leur session, le seul moyen est de descendre dans la rue avec leurs collègues pour accentuer la pression sur le gouvernement Charest afin «qu’il comprenne qu’il doit prendre ses responsabilités pour régler ce conflit de manière politique».
La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, n’était pas présente à ce point de presse puisque les huit demandes d’injonctions présentées vendredi ne concernaient aucun de ses membres.