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Où est passé tout ce monde?

Je suis natif de l’est de Montréal. Avant l’annexion de Montréal-Est et de Pointe-aux-Trembles, c’était même l’extrême est de Montréal. Ce quartier s’appelait Longue-Pointe. C’est écrit au passé parce que si on habite toujours ce secteur, le quartier, lui, n’existe plus. On l’a tué.

Sur la rue Notre-Dame, à l’ouest de Beaugrand (l’Honoré dans le nom est arrivé juste à temps pour les jeux de 1976), il y avait une sympathique petite communauté commerciale qui était toujours prête à nous accommoder. Le garage Esso de Léonardo, la quincaillerie Ménard (non, on n’était pas parents), le salon de coiffure Coquette et le snack-bar à Ti-Cass Richard faisaient partie de ce village à l’allure éternelle tant il semblait implanté depuis toujours. Ah oui, avant que je l’oublie, il y avait aussi le magasin de coupons et de marchandises sèches (!) de Madame Larivée, là où s’entremêlaient des odeurs de soupe aux légumes, de sacs d’école neufs et de boules à mites. Madame Larivée et sa fille malade habitaient dans l’arrière-boutique. Je vous rappelle qu’il ne s’agit pas d’un conte de la campagne du 19e siècle, mais bien du portrait d’un quartier populaire de Montréal d’il y a une quarantaine d’années.

De cela, il ne reste plus aucune trace, le port de Montréal ayant grugé à peu près tout le territoire possible en bordure du fleuve. Maintenant, à la place des commerces, ce sont des conteneurs empilés quatre de haut qui longent le trottoir. Le même trottoir qu’on empruntait pour aller chercher nos lunettes chez l’optométriste Bouliane. Aujourd’hui, je paierais cher pour ne pas voir l’horreur.

On projette d’ouvrir éventuellement de nouvelles fenêtres sur le fleuve. Ils disent que ça permettra à la population de se réapproprier les berges du Saint-Laurent. L’eau, ne l’oublions jamais, est une richesse collective. Qui appartient à tout le monde et encore plus à ceux qui auront les moyens de se payer un condo de luxe avec vue sur la flotte… Parce que c’est évidemment ce qu’on y construira prochainement, je serais prêt à le jurer. Tout juste à côté des installations portuaires. Exactement à l’endroit où jadis, les plus pauvres allaient se changer les idées en regardant les bateaux passer pour voir autre chose que leur misère.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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