Le Bloc veut plus de justice fiscale
MONTRÉAL — Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, se fait l’apôtre de la «justice fiscale» et propose d’augmenter le taux d’imposition des banques et des pétrolières.
Il prône aussi l’arrêt des subventions du gouvernement fédéral aux pétrolières, pour mettre fin au «principe du pollueur-payé», a déclaré M. Duceppe, vendredi.
Devant le siège social de la Banque de Montréal, au centre-ville de la métropole, le chef a fait valoir que les revenus des grandes institutions financières canadiennes ne cessent d’augmenter — 33 milliards $ en 2014, dit-il — alors que leur taux d’imposition diminue. Pour les banques, le taux a été réduit à 15 pour cent alors qu’il était de 20 pour cent en 2007, affirme le Bloc.
La formation fédérale veut ramener le taux d’imposition des banques à 20 pour cent sur trois ans et appliquer ce même taux aux pétrolières.
Et pour éviter que les institutions financières ne refilent cette hausse à leurs clients, en augmentant les frais bancaires, par exemple, le chef du Bloc affirme qu’il est possible pour le gouvernement de mettre en place diverses mesures de contrôle.
«Les travailleurs et les familles vivent une insécurité financière de plus en plus grande et les entreprises ne font pas leur juste part», a soutenu M. Duceppe.
«Il est temps de rétablir une certaine forme de justice fiscale», a-t-il ajouté.
Et, n’attendant pas les critiques à l’effet que sa proposition pourrait entraîner la délocalisation des entreprises et la perte d’emplois au pays, il a souligné que dans le cas des banques et des pétrolières, il n’y a pas de danger que la hausse de leurs impôts fassent en sorte qu’elles quittent pour l’étranger.
Selon la formation bloquiste, les entreprises pétrolières sont très gâtées au pays: non seulement leurs impôts sont bas — plus qu’au Texas, selon le Bloc — mais elles empochent en plus des subventions.
«Je ne suis pas certain que les automobilistes qui doivent payer des prix élevés à la pompe sont heureux d’apprendre que le gouvernement fédéral verse des dizaines de millions de leurs impôts à des compagnies pétrolières», a dit M. Duceppe.
Le Bloc déposera son cadre financier d’ici jeudi, a promis le chef, et ses propositions fiscales y seront détaillées, dont les taux d’imposition pour les individus.
Il a toutefois déjà fait savoir qu’il suggère d’augmenter le taux d’imposition pour les autres entreprises à un seuil de 16,5 pour cent, sur trois ans.
Cette mesure, ainsi que la hausse pour les banques et les pétrolières, amènerait un revenu supplémentaire annuel de près de 4 milliards $.
Le taux d’imposition fédéral des entreprises était de 22 pour cent en 2006 lorsque les conservateurs ont pris le pouvoir et a ensuite été réduit progressivement pour être fixé à 15 pour cent en 2012. Les libéraux l’avaient auparavant également abaissé.
Quant à une proposition similaire du chef libéral Justin Trudeau, qui a promis d’augmenter les impôts des individus les plus riches pour redistribuer aux familles de classe moyenne, M. Duceppe a rétorqué qu’il était loin d’être un Robin des bois.
«Robin des bois ne volait pas la caisse de l’assurance-emploi», a-t-il raillé, soulignant que le Parti libéral a pigé dans le fonds des cotisations des travailleurs et des employeurs quand il était au pouvoir pour équilibrer son budget.