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Je me souviens de 1995: Un élan d’amour controversé

Je me souviens de 1995: Un élan d’amour controversé
Photo by: Ryan Remiorz/archives la Presse canadienneLes estimations de foule publiées au lendemain du love-in montréalais varient de 30 000 à 150 000 manifestants. Des rassemblements de moindre envergure en faveur de l’unité canadienne ont également eu lieu ce jour-là un peu partout au pays.

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La lutte qui a opposé les camps du Oui et du Non en octobre 1995, lors du deuxième référendum sur l’indépendance, a laissé une trace indélébile dans la mémoire collective des Québécois. Vingt ans plus tard, Métro a parlé à des témoins importants de la campagne afin de revivre la fièvre référendaire dans une série d’articles qui sont publiés tout au long du mois. Aujourd’hui, retour en arrière sur la «Marche pour l’unité» du 27 octobre, communément appelée love-in.

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À la veille du grand rassemblement fédéraliste dans le centre-ville de Montréal, le camp du Oui a lancé un appel au calme à ses militants.

«On s’est dit que s’il y avait de la violence, ce serait mauvais pour nous, se rappelle l’ancien conseiller de Jacques Parizeau, Jean-François Lisée. On ne voulait pas de contre-manifestation. On ne voulait pas de tracts. On ne voulait rien.»

La seule présence officielle des souverainistes lors du love-in montréalais s’est manifestée par une vaste banderole sur laquelle il était inscrit Oui avec des signes de paix. Des militants du camp du Oui se sont mêlés aux manifestants fédéralistes, provoquant du même coup quelques engueulades. Sans plus.

Le président du Conseil national des jeunes du Parti québécois de l’époque, Éric Bédard, s’est approché du grand rassemblement, incognito. «C’était trop gros, se souvient l’historien. C’était immense. C’était impressionnant. On était sous le choc.»

À aucun moment, les jeunes souverainistes n’ont pensé répliquer aux fédéralistes venus manifester «leur amour du Québec». «On ne voulait pas provoquer parce qu’il y aurait eu des débordements, mentionne M. Bédard. Tout ce qui pouvait se rapprocher de l’idée de conflit, de chicane et donc de violence, c’était absolument à éviter du côté du Oui. Parce qu’on n’arrêtait pas de dire que le Oui se ferait en paix, dans le respect des règles démocratiques.»

Le camp du Oui a évalué que cette vaste manifestation a coûté près de 4,3 M$, contrevenant ainsi à la Loi électorale. Chacun des camps était autorisé à dépenser 5 M$ pour promouvoir ses idées pendant la campagne référendaire.

Au final, le love-in a fait perdre un point dans les intentions de vote au camp du Non, se rappelle Jean-François Lisée. Mais selon lui, cette grande manifestation a eu pour effet de galvaniser les troupes fédéralistes qui étaient démoralisées devant les sondages qui mettaient presque à égalité le Oui et le Non.

Une autre thèse, souligne l’ancien conseiller de Jacques Paririzeau, soutient que les Québébois n’aiment pas se faire dire quoi faire, ce qui aurait incité certains à se ranger dans le camp du Oui.

«Dans la semaine où ils pensaient perdre, [le love-in] leur a donné beaucoup d’énergie pour se mobiliser encore plus, à deux jours du référendum.» -Jean-François Lisée, conseiller de Jacques Parizeau

Au Canada, deux décennies après les faits, la légende du love-in reste intacte. Nombreux sont ceux qui attribuent la sauvegarde de l’unité canadienne à cet immense déferlement d’amour de gens venus d’un océan à l’autre se réunir sur la place du Canada le 27 octobre 1995.

Au Québec, dans le camp du Non, l’initiative pilotée par le ministre fédéral Brian Tobin ne fait pas l’unanimité. John Parisella, à l’époque membre de l’équipe de direction du Comité des Québécoises et Québécois pour le Non, se souvient que les fédéralistes provinciaux étaient divisés sur la question. «Les libéraux québécois n’étaient pas à l’aise avec l’idée. Ça venait de l’extérieur du gouvernement du Québec et c’était difficile à contrôler», explique-t-il.

Parmi les milliers de personnes qui investissent le centre-ville de Montréal, on trouve des Néo-Brunswickois venus dans des autocars nolisés par la pétrolière Irving, des étudiants venus d’aussi loin que Vancouver grâce à un rabais de 90 % d’Air Canada, des employés de la municipalité d’Ottawa-Carleton qui ont obtenu un congé payé, etc.

Dans une entrevue publiée peu de temps après sa mort par le journal Le Soleil, en 2009, Jean Pelletier, ex-chef de cabinet du premier ministre canadien Jean Chrétien, avoue ne pas s’être soucié du financement douteux de l’événement. «Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire», avait-il admis sans détour.

Si certains fédéralistes voient d’un mauvais œil la tenue du love-in, d’autres en sont encore aujourd’hui très reconnaissants. «Ça a permis aux gens d’exprimer leur amour pour le pays de manière très saine», affirme Robert Valdmanis, organisateur en chef du camp du Non dans la circonscription de Jacques-Cartier. «Je crois que beaucoup de nationalistes mous ont basculé du côté du Non ce jour-là.»

«Vingt ans plus tard, la plupart des acteurs pensent que l’événement n’a pas été positif, rétorque M. Parisella. Est-ce que ça a été négatif pour autant? On a gagné le référendum.»

Poursuites
À la suite du référendum, le Directeur général des élections a déposé une vingtaine de poursuites contre des militants pro-Canada et des entreprises qui avaient payé pour le transport de citoyens vers Montréal.

Les charges ont été abandonnées en 1997 à la suite d’un jugement de la Cour suprême qui invalidait la disposition de la Loi électorale sur l’autorisation des dépenses par un agent officiel pendant une période référendaire.

Archives référendaires: semaine 4

Le Oui en avance

[bignumber number= »44-42″]À la veille du vaste rassemblement fédéraliste, le Oui et le Non étaient au coude à coude, les indépendantistes détenant une mince avance dans les sondages. D’après un sondage CROP, qui a été réalisé pour le compte de La Presse, de TVA et du Toronto Star, le camp souverainiste obtenait 44,5 % des intentions de vote alors que celui en faveur d’un Canada uni recueillait 42,2%. Environ 13,2% de l’électorat était indécis.[/bignumber]


«On ne fait pas la souveraineté pour conserver le passeport canadien, mais pour avoir un passeport québécois. Demander un passeport est toujours un geste intellectuel.» – Lucien Bouchard, chef du Bloc québécois, qui ne voulait pas négocier la double nationalité avec le Canada anglais

 

Référendums autochtones

Les nations autochtones du Québec organisent leurs propres référendums vers la fin d’octobre 1995.

• Le 24 octobre, les Cris se prononcent à 96 % pour leur maintien à l’intérieur du Canada, et les Inuits font de même deux jours plus tard, dans une proportion de 95 %.

• Ces plébiscites visent à affirmer qu’en cas d’indépendance du Québec, les nations autochtones revendiqueront que leurs territoires demeurent au sein du Canada. «Nous, Cris, ne pouvons accepter d’être inclus de force dans les résultats d’un référendum à majorité simple au Québec», indique alors le chef des Cris, Matthew Coon Come.

• Le porte-parole péquiste en matière autochtone, David Cliche, réplique que le Québec n’est pas divisible. «Aucun pays au monde ne reconnaît le droit des nations autochtones de faire sécession», fait-il savoir.

• La Confédération de l’Assemblée des Premières Nations a quant à elle appelé ses membres à l’abstention lors du référendum.

Reconnaissance française
«Le gouvernement français ne veut pas interférer dans les affaires canadiennes. […] Si le référendum est positif, le gouvernement français reconnaîtra ce fait.»-Jacques Chirac, président de la France, le 23 octobre 1995

 

Merveilleux partenaire
«Un Canada fort et uni a été un merveilleux partenaire pour les États-Unis et un citoyen […] incroyablement important à travers le monde. J’espère que cela va continuer ainsi.» Bill Clinton, président des États-Unis, le 25 octobre 1995

 

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