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À la recherche du plus nordique des terriens

Un de mes profs disait toujours : «Un journaliste doit être capable de retrouver pratiquement n’importe qui, pratiquement n’importe où.» Pour ce numéro spécial nordique, le défi était le suivant : trouver la personne qui habite le plus au nord sur la planète et lui passer un petit coup de fil.

Bon, d’abord, ça commence où le Nord? Pas facile à dire. Parlez-en à nos amis de la République démocratique du Congo, qui héberge les derniers spécimens de rhinocéros blanc nordique. Oui nordique!

«Le Nord, ça dépend des lunettes qu’on porte», confie Joël Plouffe, chercheur à la Chaire Raoul Dandurand de l’UQAM. Un géographe vous dira que c’est la zone au-delà du cercle arctique (66° 33’N). Le météorologue répondra que c’est la zone ne dépassant pas l’isotherme des 10°C en juillet.

Politiquement parlant, le Grand Nord est à cheval sur le Canada, les États-Unis, la Russie, le Danemark, la Norvège, la Suède, la Finlande et l’Islande, soit les huit membres du Conseil de l’Arctique, auxquels s’ajoutent les six communautés indigènes de l’Arctique.

OK, mais alors dans quel pays se situe le village le plus nordique? Si l’on écarte la poignée de militaires canadiens de la base d’Alert, au Nunavut, et la trentaine de scientifiques norvégiens de Ny-Alesund, c’est le village de Longyearbyen qui remporte la palme. Il s’agit d’un village minier norvégien de quelque 2 000 âmes appartenant à l’archipel du Svalbard. Bref, un endroit paumé en plein milieu de l’Arctique, gros comme 400 fois les Îles-de-la-Madeleine et 3 500 km plus au nord.

Et ça ressemble à quoi comme endroit? Oubliez les clichés d’Inuits ou de Lapons chassant le phoque au harpon. On retrouve à Longyearbyen un port accueillant d’immenses bateaux de croisière, une demi-douzaine d’hôtels, un journal local, une université d’environ 350 étudiants et un cimetière qui n’accepte plus personne depuis 80 ans, vu que les corps ne se décomposent pas. Une énorme chambre forte souterraine a aussi été aménagée en 2008 pour recueillir des semences de partout sur la planète afin de préserver la biodiversité. Bref, là-bas, ils ont déjà eu leur Jean Charest norvégien et son Plan Nord!

Bon, maintenant, il habite quelle rue le plus nordique des habitants de la planète? Comme nos amis de Google Street View n’ont pas encore mis les pieds là-bas, un petit coup de fil à l’office de tourisme s’impose. Selon les recherches de sa sympathique directrice, Kjersti Ellen Noras, l’édifice habité le plus au nord du village est situé sur la route 208. Et il appartient à… (roulement de tambour) M. Kjell Mork! Ça tombe bien, c’est l’ancien maire; il doit avoir des choses à raconter.

L’idéal, pour briser la glace (jeu de mots) quand on ne connaît pas son interlocuteur, c’est de parler de météo. «On est préoccupé par les changements climatiques. L’hiver est particulièrement doux et la mauvaise glace nuit aux déplacements», raconte M. Mork. La moyenne des températures des 30 derniers jours a été de -4,2°C, soit 11,8°C au-dessus de la moyenne. Mince consolation, cela lui permet de pêcher le saumon de son balcon plus longtemps dans la saison!

Le début du développement du Svalbard, pour son charbon, date de 1925. Mais c’est surtout avec le début de la guerre froide, dans les années 1950, que le développement s’est accéléré, question de ne pas laisser trop de place aux Russes dans le Grand Nord.

Mais aujourd’hui, l’un des moteurs économiques de Longyearbyen est sur la sellette. La Norvège a une politique environnementale assez poussée, et l’exploitation du charbon nuit à son bilan. «Heureusement qu’on vient d’obtenir une autorisation supplémentaire d’exploitation, car 50 % de l’économie locale est basée là-dessus», ajoute l’ancien maire.

«Au passage, j’ai un ami trappeur qui habite encore plus au nord que moi», confie l’homme de 63 ans. Bon, on ressort le tambour! Le terrien qui habite le plus au Nord s’appelle… Harold Solheim. Il vit depuis 35 ans tout seul dans un chalet, à 40 km au nord de Longyearbyen. Il utilise le charbon pour se chauffer et une génératrice pour s’éclairer et recharger son cellulaire. Eh oui, en 2012, les trappeurs ont un cellulaire.

Et l’internet aussi! L’hiver, Harold relève ses pièges à renard étalés sur 200 km. Leur fourrure est bien appréciée. Mais depuis que des cas de rage ont été signalés, la chasse au renard est interdite. L’été, il chasse le canard et les oies et récupère des œufs. L’année dernière, grâce à son permis spécial, il a aussi tué 25 rennes, des bêtes qu’il revend en bonne partie aux restaurants de Longyearbyen.

Précision utile : Harold à 72 ans. Faut croire que le Nord, ça conserve!

Longyearbyen en chiffres

  • 24 h Il fait nuit 24 heures par jour pendant trois mois.
  • 4,50 $ Prix du litre de lait : 4,50 $ (2,5 fois plus que chez nous).
  • 1 400 $ Renvoyer sa carcasse d’auto sur le continent coûte environ 1 400 $.
  • 6 à 7 Les habitants y restent en moyenne de 6 à 7 ans. Ça paie bien, mais c’est isolé.
  • 1 Chaque habitant qui a un permis peut tuer un renne par an.

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