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07:25 19 août 2020 | mise à jour le: 20 août 2020 à 15:44 temps de lecture: 6 minutes

D’après une étude, la plupart des touristes prennent la même photo

D’après une étude, la plupart des touristes prennent la même photo
Photo: Collaboration spéciale

Métro découvre ce qui se cache derrière la récente enquête, menée avec l’aide d’une intelligence artificielle (IA), qui a analysé les comportements des touristes.

Ce qui était un soupçon général a été confirmé par une étude menée à l’aide d‘une IA. Oui, les touristes prennent des photos presque similaires et se comportent de la même manière.

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont analysé plus de 57 800 images publiées sur Flickr entre 2004 et 2019, prises sur 12 sites différents à Cuzco, au Pérou. L’attraction la plus populaire était, sans surprise, le Machu Picchu, suivi par l’ancienne capitale inca de Cuzco, principal point d’entrée de la région. Les moins populaires étaient les ruines de Pikillacta et de Tipón en raison de leur éloignement.

«En utilisant Cuzco, au Pérou, comme étude de cas, nous présentons une application innovante des méthodes de la vision par ordinateur et de l’apprentissage automatique par les machines pour comprendre les circuits du patrimoine archéologique, l’évolution de leur héritage esthétique, les tendances du mouvement touristiques (et les influences économiques associées), ainsi que les expériences visuelles réelles sur les sites de patrimoine. À notre connaissance, c’est la première fois que les techniques de vision et d’apprentissage automatique sont utilisés pour étudier les expériences visuelles du tourisme du patrimoine archéologique,» a expliqué l’équipe qui a mené l’enquête.

Les touristes ont passé le plus de temps à Cuzco, le seul centre de transport de la région et l’emplacement de la plupart de ses hôtels et maisons d’hôtes. Les transitions les plus fréquentes entre les sites étaient de Tambomachay à Puca Pucara – qui ne sont qu’à trois minutes de marche l’un de l’autre – et vers le Machu Picchu.

«La popularité des plateformes de partages de médias au cours des dernières décennies a fourni une abondance de données à code source ouvert qui reste sous-utilisée par les spécialistes du patrimoine.» – l’équipe de recherche

Quant aux photographies, les initiatives de conservation sur les sites rendent les clichés des touristes plus génériques. Et beaucoup des photos récentes sont similaires à celles prises par l’explorateur Hiram Bingham, dont les expéditions à Cuzco au début du 19e siècle ont contribué à populariser la région comme destination touristique.


Pour en apprendre plus, Métro a discuté avec Kristen Grauman, professeure au département d’informatique de l’université du Texas à Austin.

Questions-réponses/3 questions à…

Kristen Grauman, professeure au département d’informatique de l’université du Texas à Austin

Portrait de Kristen Grauman

Q: Qu’est-ce qui est important de savoir sur comment les voyageurs se comportent sur les sites touristiques et sur les médias sociaux?

R: La question fondamentale était de savoir si les photographies prises par les touristes ordinaires pouvaient aider à débloquer les modèles de rencontres visuelles avec les sites culturels du patrimoine. Nous voulions utiliser l’IA pour analyser l’impact du partage de photos sur le volume du tourisme au Pérou, comment l’utilisation des sites archéologiques change avec le temps, s’il y a des points communs dans les photos prises par les touristes et quels sont les modèles de voyage les plus populaires dans la région.

Q: Pourquoi les gens prennent-ils toujours les mêmes photos?

R: Grâce à des algorithmes de regroupement visuel automatique, nous avons découvert les principaux thèmes photographiques de chaque site. Cela nous permet de déterminer comment les personnes choisissent quoi capturer durant leur visite (par exemple, quelles sont les photos canoniques prises), dans quelle mesure il renforce l’héritage esthétique de la région, et dans quelle mesure il y a de la variété ou de l’homogénéité dans la façon dont les gens voient le site. Dans les cas où il y a de l’homogénéité, nous supposons que les gens sont influencés par les photographies qu’ils voient à la fois sur les médias sociaux et les photos classiques largement diffusées, comme celles prises par Hiram Bingham. Les compositions photographiques peuvent également être influencées par les politiques de préservation des sites du patrimoine qui détermine l’endroit où un touriste peut physiquement se déplacer sur le site.

Q: Quelle est la prochaine étape de vos recherches?

R: La puissance de l’IA réside dans la capacité à comparer rapidement des dizaines de milliers de photos tout en regroupant rapidement les images en fonction de leur similarité visuelle. Dans notre travail, les statistiques extraites par vision informatique de photos publiques offrent une fenêtre dans le circuit du patrimoine culturel au cours des 15 dernières années, d’une manière qui n’est pas possible avec les méthodes traditionnelles. Par exemple, les taux d’achats des billets ou les enquêtes manuelles ne permettent pas de saisir la durée des visites, les préférences photographiques, etc., mais les photos touristiques à grande échelle le font.

Cette recherche pourrait être utilisée pour étudier d’autres sites patrimoniaux sur différentes périodes de temps. Cette connaissance pourrait aider à améliorer la gestion du tourisme ainsi que les préservations des sites historiques – en particulier lorsque les locaux décident de rouvrir leurs destinations populaires.

Par exemple, les techniques et la recherche pourraient être utilisés pour prévoir l’impact économique en fonction sur les mouvements des touristes, aider à la réflexion des campagnes marketing entourant un site patrimonial lorsque les pays commencent à rouvrir aux voyages et comment la fréquentation de certaines zones peut affecter les plans de préservations. Les connaissances pourraient aussi être utilisées pour informer les décideurs politiques lorsqu’ils adaptent la réglementation des sites du patrimoine.


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