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08:02 24 novembre 2010 | mise à jour le: 24 novembre 2010 à 08:02 temps de lecture: 3 minutes

Mon mari est journaliste de guerre

Promets-moi que tu reviendras vivant est un livre que Danielle Laurin portait en elle depuis presque 10 ans. Depuis ce soir d’octobre 2001, raconté dans un premier chapitre poignant, où son homme, journaliste, s’apprête à partir en Afghanistan. En ces lendemains de 11 septembre, la chroniqueuse littéraire du Devoir décrit par le menu sa peur, sa peine, sa surprise et sa colère. «C’était tellement fort que j’ai voulu comprendre ce qui le poussait à partir», raconte-t-elle. Et pourquoi il mettait sa vie en danger, laissant derrière lui une femme et des enfants pétris d’inquiétudes.

Cette question est la première d’une longue série que Danielle Laurin a posée à des reporters de guerre : le meilleur reportage vaut-il la mort d’un journaliste? Pourquoi partir et retourner dans ces pays en guerre? Que faites-vous de la peur? Et de celle de vos proches? Au fil des entrevues, le lecteur appréhende le quotidien de ceux qui rapportent qu’un attentat à la bombe a «encore» causé la mort de quinze personnes en Irak et relatent un quotidien fait de violence, de peur, de sang, de choc, et parfois de choc post-traumatique, comme c’est arrivé à Michèle Ouimet après la découverte d’un charnier au Rwanda. «La peur est constamment présente, rappelle Danielle Laurin.

On les voit comme des héros parce qu’ils n’en parlent pas souvent, mais, comme l’a dit Kapuscinski, celui qui prétend ne pas avoir peur ment. Il y a un autre point commun entre eux : le besoin d’adrénaline, l’envie de vivre la vie à son maximum.» Ce que Florence Aubenas appelle «l’expérience dure, concrète» contre «l’espèce de bain tiède» parisien.

Ces journalistes sont aussi animés par une même et impérieuse nécessité d’informer, car les guerres dont on ne parle pas n’existent pas, souligne Anne Nivat, qui a entre autres couvert le conflit tchétchène. Et parce que sans ce travail de terrain, les propagandes gouvernementales auraient le champ libre. «Quelqu’un doit y aller, affirme Danielle Laurin avec force, mais pas mon chum.»

On sort de Promets-moi que tu reviendras vivant avec la conscience aiguë du fossé qui existe entre des soldats de l’information, revenant dans le monde occidental douillet la tête pleine de drames humains, et leurs proches, inquiets, bouillant d’envie de les garder en sécurité. Soit, mais qui pourra témoigner, si ce n’est eux? Promets-moi que tu reviendras vivant

Danielle Laurin
Editions libre expression

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