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La blockchain selon Snowden

La blockchain selon Snowden
Photo: THE CANADIAN PRESS/AP, Marco Garcia

De nombreuses personnes se considèrent raisonnablement instruites à propos de tout ce qui touche au numérique. Pourtant, certaines de ces mêmes personnes avouent volontiers qu’elles ne cernent toujours pas en quoi la blockchain est une petite révolution en soi. Est-ce si compliqué à expliquer ?

Pas du tout. La preuve: le lanceur d’alerte Edward Snowden en a discuté en toute simplicité avec son conseiller juridique pour les besoins d’une récente édition du site McSweeney’s.

Les chaînes de blocs, «c’est essentiellement une nouvelle sorte de bases de données: elles sont ennuyeuses, inefficaces et peu rentables, sauf si elles sont bien conçues, elles deviennent alors pratiquement impossibles à altérer», résume-t-il.

Quand on pense à son niveau technologique le plus élémentaire, la blockchain n’est qu’un moyen sophistiqué d’horodater une information de telle manière qu’on peut prouver qu’elle n’a pas été altérée par la suite.

Et au lieu de remplacer les données existantes, les mises à jour sont toujours ajoutées à la fin les unes de l’autre, «tout comme tu pourrais ajouter de nouveaux maillons à une vieille chaîne pour l’allonger», illustre Edward Snowden.

Pour l’ancien informaticien de la CIA et de la NSA, la blockchain apporte ainsi une solution inédite au problème de la confiance.

«Chaque fois qu’un système permet à quelqu’un de changer l’historique en appuyant sur une touche, on n’a d’autre choix que de faire confiance à un très grand nombre de personnes censées être à la fois bien intentionnés et compétentes, et l’humanité n’en a pas une grande expérience. Les blockchains sont un effort pour créer une histoire qui ne peut pas être manipulée», expose-t-il.

Un historique de transactions si c’est de l’argent, mais cela peut aussi être un historique d’enregistrements de toutes sortes: des dossiers médicaux, des liens de téléchargements, des contrats, des actes, etc.

«Le concept est de regrouper de petits paquets de données, et ça peut être n’importe quoi. Ensuite, on certifie ces sauvegardes d’une manière compliquée qu’on peut considérer comme l’équivalent high-tech du notaire. Enfin, on distribue ces enregistrements aux membres d’un réseau, qui mettent à jour leurs copies indépendantes de ce nouvel historique. Le but de cette dernière étape est de s’assurer qu’aucune personne ou petit groupe ne puisse manipuler les chiffres, car trop de gens ont des copies de l’original», détaille Edward Snowden.

Autrement dit, si on prend l’exemple de la blockchain originelle, Bitcoin, il est impossible de supprimer un bloc précédent de la chaîne sans détruire également chaque bloc créé après ce point et sans convaincre tous les autres membres du réseau de reconnaître que la version de remplacement de l’historique est la bonne.

«Comme avec toutes les nouvelles technologies, il y aura des perturbations et des abus. Le principal inconvénient est l’inégalité des chances: il s’agit de nouvelles technologies qui ne sont pas faciles à utiliser et encore plus difficiles à comprendre. Elles présument l’accès à un niveau de technologie, d’infrastructure et d’éducation qui n’est pas universellement disponibles. Mais dans un monde rempli de conneries sournoises, pouvoir prouver que quelque chose est vrai est un développement radical», ponctue Edward Snowden.