Une décennie de Piknic
Le Piknic électronik célèbre ses 10 ans d’existence avec un nouveau chapitre à Barcelone et un gros show à Montréal. Entretien avec le co-fondateur et directeur de la programmation, Michel Quintal.
Il y a 10 ans, alors que Montréal se positionnait comme la capitale nord-américaine de l’électronique, avec des festivals novateurs (MUTEK, MEG, Elektra), des clubs, des after-hours et des espaces de culture numérique avant-gardistes (Stereo, Sona, SAT, Laïka, Excentris) et des artistes locaux qui s’illustraient à l’étranger (Tiga, Akufen, Amon Tobin, Misstress Barbara), l’offre en matière d’événements dansants le dimanche laissait tout de même à désirer (mis à part les mythiques tambours, épées médiévales et danseuses du ventre des Tams-Tams).
L’arrivée du Piknic électronik au parc Jean-Drapeau en 2003, avec sa programmation de qualité et sa vue imprenable sur l’île, a rapidement conquis le cœur des adeptes et des non-initiés. Michel Quintal, co-fondateur et directeur de la programmation, se souvient encore des ambitions modestes qu’entretenaient les fondateurs à l’ouverture. «Nous étions quatre chums à lancer un party sans prétention, sans croire que ça allait durer, et encore moins devenir nos boulots.»
Peu de gens parmi les quelque 200 personnes présentes lors du tout premier Piknic se doutaient que, 10 ans plus tard, la Place de l’Homme serait un lieu de rassemblement typiquement montréalais et bien inscrit dans le paysage culturel. Le Piknic cumule aujourd’hui une fréquentation annuelle de plus de 56 000 fêtards et emploie plus de 20 personnes, en plus d’avoir lancé son désormais incontournable pendant hivernal, l’Igloofest. Les organisateurs se réjouissent de leur contribution au rayonnement de la scène électronique montréalaise à l’étranger. «On n’a plus besoin de présenter aux artistes ce qu’est l’événement! affirme Quintal. La résonance internationale, c’est également la branche qu’on lance à l’étranger, à Barcelone. Ça montre qu’on fait des petits!»
En effet, après Gatineau en 2011, le Piknic s’apprête à faire un premier bond outre-mer, alors que le coup d’envoi des Piknic à Barcelone sera donné le 8 juillet au parc Montjuïc, avec la tête d’affiche britannique James Holden aux platines. Quintal, qui dit avoir choisi la capitale catalane «pour sa similitude avec Montréal, la joie de vivre et l’aspect festif que partagent Montréalais et Barcelonais», confie que le changement de gouvernement en Espagne aura tout de même retardé l’initiative d’un an. «Avec la situation économique un peu précaire
et le changement politique, on a perdu le site sur lequel on devait le faire. Mais avec le recul, je suis bien content d’avoir eu ce répit, car ça nous a permis de trouver un nouveau site, qui est encore mieux!»
Plus près de chez nous, les organisateurs souligneront dimanche le 10e anniversaire de l’événement avec les DJ Soundshaper et Maus – ceux qui furent les premiers à faire retentir house et techno au parc Jean-Drapeau, chose qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre, ni en plein jour, ni en plein air! Le Piknic s’était alors donné pour mission de démocratiser la musique électronique, qui subissait toujours les contrecoups d’une couverture médiatique anti-rave qui établissait injustement des parallèles entre culture électronique et drogue ainsi que les innombrables débordements du nightlife.
Aujourd’hui, la réalité est fort différente, l’électronique ayant connu un essor important. «On voit aujourd’hui des gros DJ, qui ne m’intéressent pas nécessairement, mais qui attirent des foules énormes, souligne Quintal. Ça s’est vraiment imprégné dans la culture populaire.» Le Piknic continue néanmoins de se démarquer en proposant de nouveaux talents et des expériences immersives. «On le fait toujours par pur amour de la musique et on constate que ça frappe l’imaginaire des gens assez fort, conclut Quintal.
Piknic électronik
Au parc Jean-Drapeau
Tous les dimanches
10e anniversaire le 24 juin