Culture

Les enfants du palmarès: Quand école privée rime avec compétition malsaine

Pour des milliers d’élèves au Québec, le mois d’octobre est synonyme d’examens d’admission à l’école privée et de période de stress intense.

La réalisatrice Marie-Josée Cardinal a traversé cette épreuve avec son fils il y a quelques années. L’expérience s’est avérée douloureuse, mais révélatrice. Elle est d’ailleurs devenue le point de départ du documentaire Les enfants du palmarès, qui sera présenté dimanche à 19 h au Canal D.

Mme Cardinal y dresse le portrait d’une compétition qui se termine souvent amèrement pour les enfants qui en sont parfois venus à idéaliser l’école privée. Métro s’est entretenu avec la réalisatrice afin de faire le point.

Dans votre documentaire, plusieurs enfants affirment vouloir aller à l’école privée pour s’assurer de fréquenter une meilleure école et avoir un meilleur futur. Croyez-vous que ces idées sont celles des enfants ou des parents?

C’est sûr que ça ne vient pas uniquement des enfants et que les parents ont joué un rôle. Mais la question est de savoir où les parents ont pris ces idées? Je pense que la société a grandement dévalorisé l’école publique et qu’on a fini par en avoir peur. On s’est donc tourné vers le privé, où il y a toute une campagne de marketing qui a été mise en place et qui fait ressortir les bons coups, mais jamais les mauvais. Le plus troublant, c’est que les étudiants se disent entre eux que les écoles publiques ne sont pas bonnes. On se retrouve donc face à un discours qui est partagé par tout le monde.

Croyez-vous que le palmarès des écoles est en partie responsable de la mauvaise presse des écoles publiques?
Le palmarès a contribué à la dévalorisation des écoles publiques. Ça a cristallisé l’idée que l’école privée était supérieure parce que les meilleures écoles, celles qui étaient au premier rang du classement, étaient privées. Mais ce ne sont pas les meilleures écoles, ce sont en fait les écoles qui sélectionnent les meilleurs élèves. C’est une tromperie ce palmarès.

Selon vous, est-il juste que les écoles privées puissent sélectionner ses élèves?

C’est complètement discriminatoire. C’est comme si un hôpital choisissait de n’admettre que les patients les moins malades. C’est fou. Il faut arrêter ça. L’école, ce n’est pas fait pour être une compétition. On ne va pas à l’école pour être le meilleur. Et puis, ces écoles privées ne sont pas vraiment privées puisqu’elles sont subventionnées à 60 %.

Faudrait-il cesser de subventionner les écoles privées ou faudrait-il les forcer à changer leur méthode de sélection?
J’ai de la difficulté à choisir. Selon moi, ce n’est pas justifié de subventionner les écoles privées à 60 %, mais il faut aussi démocratiser le secteur. Ça n’a pas de bon sens de concevoir des écoles qui peuvent exclure des élèves. Il ne faut toutefois pas oublier de s’occuper de nos écoles publiques. Il manque cruellement d’argent pour ces écoles qui se retrouvent à accueillir, entre autres, les immigrants, les élèves en difficulté et les enfants qui ont été rejetés – parce que c’est ce qu’ils disent, qu’ils ont été rejetés -, de l’école privé. Il leur manque aussi des outils de promotion. On ne dit jamais que les écoles publiques font de bonnes choses, pourtant c’est le cas.

Quel message souhaitez-vous lancer avec votre documentaire?
Je voulais m’adresser aux parents, pour leur dire d’arrêter d’avoir peur de l’école publique. Je pense qu’il y a un désir de revenir en arrière, il y a une ouverture. Les gens commencent à voir qu’ils sont allés trop loin, que le stress lié aux examens d’admission des écoles privées est trop grand et que les conséquences d’un refus chez les enfants, conséquences qui peuvent aller jusqu’à la dépression, sont trop sérieuses. La peur de l’école publique est presque devenue une psychose. Il faut changer les mentalités.

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