L'homme qui lève le voile sur la Joconde
Pascal Cotte est l’une des rares personnes qui peut toucher le plus
célèbre tableau de Leonardo Da Vinci : la Monna Lisa. Depuis plusieurs
années, le tableau est l’objet de nombreuses recherches par les
ingénieurs français, qui, à l’aide d’une caméra multispectrale, tentent
de percer le mystère de la Joconde, où plutôt de la reconstituer
virtuellement, comme Da Vinci l’a peinte.
Métro s’est entretenu avec M. Cotte pour en savoir plus sur son travail.
Quand avez-vous commencé à analyser la Monna Lisa?
Le Louvre m’a demandé de commencer les recherches avec ma méthode
spéciale le 19 octobre 2004, mais j’avais commencé à travailler avec le
musée en 2001. Quand l’idée de la caméra est née et que j’ai pu faire
le prototype, j’ai présenté l’idée au Louvre. À l’aide de cette
méthode, le tableau peut être restauré virtuellement. Il y a des débats
à savoir si le tableau doit être restauré ou pas. Pour ma part, je
crois que non; on ne devrait pas toucher à ce tableau.
Comment votre caméra fonctionne-t-elle?
La clé, c’est de mesurer la lumière. Quand quelqu’un prend une photo,
il n’a aucune chance de saisir les bonnes couleurs. En moyenne, une
caméra peut reproduire la moitié de la couleur. C’est pourquoi j’ai
commencé à travailler sur cette caméra : pour pouvoir capturer toutes
les couleurs!
Les couleurs que nous voyons sur une photo sont conditionnées par la
lumière ambiante de l’endroit où nous nous trouvons. Si nous changeons
l’éclairage de la pièce, tout peut être totalement différent. Il est
donc impossible de prendre une photo qui représente toutes les
véritables couleurs.
C’est pourquoi je ne me contente pas de prendre des photos classiques.
Je mesure la lumière qui se reflète sur le tableau. J’archive toutes
les données sur un disque dur et je peux donc choisir comment je veux
voir la Monna Lisa. Si je veux la voir éclairée à la chandelle, c’est
possible. À l’aide de cette méthode, je peux enlever virtuellement la
couche de vernis un peu grisâtre qui recouvre le tableau. Ainsi, je
peux voir les transformations qui se sont produites à travers les âges
sur le tableau.
Vous avez fait 25 découvertes au cours de vos recherches. Laquelle est la plus intéressante?
Pour le public, le fait qu’elle ait des sourcils. Au Louvre, il le
savait depuis quelque temps, mais pour les visiteurs, c’était nouveau.
Mais d’un point de vue artistique, il y a eu plusieurs découvertes
intéressantes. On a découvert qu’elle était recouverte d’un voile de
gaze transparente attaché à l’encolure de son corsage, qui a été effacé
par la saleté du tableau.
Le fait qu’elle ait les mains croisées demeure une question
intéressante. Leonardo Da Vinci a toujours dit qu’il ne faisait jamais
rien par hasard et dans ses autres tableaux les mains des personnages
ne sont jamais croisées. Mes recherches prouvent que la Joconde tenait,
à l’origine, une couverture dans sa main gauche. C’est intéressant de
constater que l’Å“uvre a été copiée plusieurs fois au cours des siècles,
mais sans que jamais ce détail ne fut remarqué.