Culture

Le clone est triste: Le dernier des baby-boomers

Le clone est triste: Le dernier des baby-boomers
Photo by: Josie Desmarais/Métro

À la fin du XXIe siècle imaginé par le Théâtre du Futur, les enfants des milléniaux ont renoncé à la technologie après avoir banni les baby-boomers pour crimes contre la Terre.

En résidence au Théâtre Aux Écuries, la compagnie fondée par Olivier Morin et Guillaume Tremblay étudie l’éventail des possibles de la société de demain.

«Tous nos spectacles se passent dans l’avenir, explique Olivier Morin, qui signe la mise en scène de la pièce Le clone est triste. On joue aux Nostradamus, tout en essayant d’établir un équilibre entre angélisme et dystopie.»

Depuis le premier ­opéra-rock Clotaire Rapaille, le Théâtre du Futur a notamment inventé une nouvelle campagne pour l’indépendance du Québec dirigée par Gilles Duceppe dans L’assassinat du président et un conte sur une vengeance autochtone dans Épopée nord.

La plus récente pièce Les secrets de la vérité explorait quant à elle l’enjeu des fake news à travers un programme de colonisation de Mars annoncé par Elon Musk.

Pour Le clone est triste, les jeunes créateurs se sont penchés sur l’enjeu éthique du clonage.

«On le sait que ce n’est pas éthique, mais pourquoi? Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à vouloir se cloner? Logiquement, il faut attendre que le clone grandisse, alors pourquoi ne pas adopter ou avoir des enfants à la place?» demande Olivier Morin. «Il y a un aspect très narcissique au désir de reproduire l’identique», ajoute-t-il.

Leurs recherches sur la technologie ont mené à l’écriture d’une allégorie par rapport à la passation entre les générations.

«L’histoire se répète: on blâme toujours la génération suivante comme étant fainéante, et celle-ci refuse de suivre», observe Guillaume Tremblay.

«C’est une satire sur les baby-boomers, mais aussi sur ceux qui leur attribuent toutes les fautes. La critique est mordante, sauf qu’elle vient toujours avec une caresse.» – Olivier Morin, auteur, metteur en scène et comédien

La guerre des générations
Ici, ce sont les baby-boomers qui écopent. En 2034, le secrétaire général des Nations unies les déclare coupables d’avoir entre autres «saccagé les écosystèmes habitables».

«Tous les derniers spécimens de cette révoltante espèce» sont condamnés «à un aller immédiat sur la Lune», selon un extrait du texte.

«C’est un symbole fort de leur jeunesse, pendant les années 1960 des Kennedy et de Neil Armstrong sur la Lune», évoque Olivier Morin.

Une chasse à l’homme se déploie sur cette trame de fond. À son arrivée dans la nouvelle métropole du Québec, Beloeil – car Montréal a été submergé sous les travaux –, Gilles Douillette découvre qu’il est en réalité le clone de l’ennemi à abattre, un baby-boomer.

«C’est l’équivalent d’une bactérie parasite qui met tout de côté pour sa retraite, détruit son environnement et ne pense qu’à elle», détaille Guillaume Tremblay.

La police à ses trousses, la réplique orpheline tombe sur le Club des marquis, une agence de détectives du dimanche. En effet, la jeune élite a du temps à tuer.

Avec la semaine de travail de trois jours récemment implantée, les salons victoriens reviennent à la mode. Sur les planches du théâtre s’amoncelle un pot-pourri d’objets dignes des maisons de Mary Shelley et de Sherlock Holmes.

Le texte donne la parole à une marquise qui rappelle, dans une langue fleurie et truffée d’absurdités, son premier boulot d’été: aider sa grand-mère non binaire à reprogrammer le pare-feu de son robot de compagnie. Cette dernière complète maintenant sa deuxième maîtrise en histoire comique.

«On parle souvent du narcissisme des baby-boomers, mais les jeunes ont aussi leur téléphone constamment sorti. Dans cette logique boule de neige, les enfants de ces jeunes, en réaction à leurs parents, renient les médias sociaux. Ils s’apprécient plutôt en salon, autrement que par des mentions “J’aime”. On se réunit en groupe pour réciter des poèmes et admirer des tableaux. C’est une aristocratie très superficielle, car leur culture générale s’avère finalement de la poudre aux yeux», explique Olivier Morin.

Complices de longue date, le piano classique de Philippe Prud’homme et le rock indie de Navet Confit accompagneront les comédiens sur scène. «Attendez-vous à une musique hybride entre Mozart et Jefferson Airplane», commente Olivier Morin.

La pièce Le clone est triste est présentée Au Théâtre Aux Écuries du 29 janvier au 16 février.

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