Culture

Tapis rouges et pressions sociales: entrevue avec Brad Goreski

Tapis rouges et pressions sociales: entrevue avec Brad Goreski
Photo: Getty Images for Oliver Peoples

À quelques jours de la 91e cérémonie des Oscars, ce dimanche, le styliste canadien Brad Goreski a discuté tapis rouges et «body shaming» avec Métro. Extraits choisis.

Pendant la saison de remise de prix, ce que portent les célébrités est scruté à la loupe. Leurs tenues enflamment les tribunes téléphoniques et deviennent des sujets de débat parfois houleux.

C’est vrai aux États-Unis pendant les Golden Globes, les Grammy et les Oscars comme au Royaume-Uni à l’occasion des BAFTA Awards ou en France avec les Césars et le Festival de Cannes.

Plus près de chez nous, les tenues de gala des Hubert Lenoir et autres Safia Nolin ont aussi donné lieu à quelques discussions animées dans les chaumières ces derniers mois. C’est exactement pourquoi le styliste Brad Goreski, coanimateur de l’émission Fashion Police et habitué des tapis rouges, était tout désigné pour discuter de la question.

Après la révolution #MeToo (#moiaussi), est-il devenu impossible de critiquer les tenues des vedettes sans être accusé de dénigrement de l’apparence (communément appelé «body shaming»)?
Je pense que ce genre de critique n’est pas approprié sur un tapis rouge. Quand je parle de mode, j’utilise mon expertise en tant que styliste travaillant à Los Angeles. Les critiques ne sont pas dirigées vers la personne. Il faut garder un style informatif.

Plusieurs actrices n’ont même pas envie de nous dire ce qu’elles portent…
Je pense que les réseaux sociaux sont particulièrement utiles à cet effet. Quand nous voyons un acteur sur un tapis rouge, leur photo est immédiatement largement diffusée sur les réseaux sociaux et tout le monde se met à en parler. Et il y a des portails comme The Fashion Court ou Red Carpet Fashion Awards, tout comme les médias qui commencent leur couverture dès que les célébrités arrivent. Je pense que c’est une nouvelle frontière. C’est très bien que les gens aient envie de parler de ce qui est en train de se passer, mais ce qu’on peut partager est aussi limité à ce que la personne qui est interviewée veut bien dire. Nous vivons aujourd’hui dans une ère technologique où nous avons accès à des milliers d’images et beaucoup d’information. Tout sur les personnalités présentes est disponible quelque part, qu’elles souhaitent en parler ou pas. Et ça enlève de la pression sur les acteurs qui ne veulent pas qu’on se concentre là-dessus.

Les actrices «taille plus» ont aussi besoin des designers…
Je pense qu’on a un nouveau sujet ici. Il est temps, pour les créateurs de mode, de sortir de leur zone de confort et de devenir plus inclusifs. S’attendre à ce que tout le monde puisse porter une robe en taille 2 (ou 0) n’est ni acceptable ni réaliste. Les designers doivent s’y mettre; de plus en plus de gens réclament davantage de diversité.

Quels artistes avez-vous hâte de voir aux Oscars?
Lady Gaga, certainement. Jennifer Lawrence sera présente. J’espère la croiser aussi. Charlize Theron assistera également à la cérémonie, et j’aimerais vraiment voir Lupita Nyon’o, qui nous offre toujours de bons moments sur les tapis rouges, tout comme Emma Stone.

Croyez-vous que le tapis rouge des Oscars sera aussi extravagant que celui des derniers Grammy?
Il y avait beaucoup de mode aux Grammy. Je pense par exemple à Casey Musgrave en Valentino, Cardi B en Thierry Mugler… Et il y avait aussi beaucoup d’inspirations artistiques, parce que cet événement s’y prête particulièrement bien. Il y avait des pièces assez intéressantes pour qu’on ait envie d’en parler. Aux Oscars, je pense qu’on verra du Valentino Couture et du Chanel, entre autres. J’ai aussi remarqué un retour vers une certaine élégance classique, tout comme des silhouette à la Versace (pensez Regina King aux BAFTA). De nos jours, je pense qu’il est important de montrer différents styles et différentes silhouettes sur les tapis rouges. J’espère qu’à l’occasion des Oscars, qui clôt la saison de remise de prix, ceux qui ont pris davantage de risques avec des couleurs continueront sur leur lancée.

Quatre styles phares vus sur les tapis rouges

Volumes

Lady Gaga a particulièrement bien illustré cette tendances aux derniers Golden Globes dans sa robe Valentino Couture.

Inspiration 1970


Les années 1970 et 1980 inspirent encore les designers. À preuve, Meghan Trainer en Christian Soriano aux Grammy Awards.

Sophistication


Une des variantes de cette tendance : Lucy Boynton en Rodarte.

Imprimés

La mode masculine fera place aux imprimés, comme le démontre bien Rami Malek en Dior.

Adaptation: Jessica Dostie