Culture

Les Louanges: là où on ne l’attend pas

Les Louanges
Les Louanges a reçu plusieurs nominations à l'ADISQ./ Josie Desmarais Photo: Josie Desmarais/Métro

Douze mois après la sortie de son premier album, le très acclamé La nuit est une panthère, Vincent Roberge, alias Les Louanges, est de retour avec un nouvel EP, Expansion Pack, qui revient sur sa dernière année pour le moins mouvementée.  Entrevue avec un musicien qui est très loin de chômer.

Lorsqu’on le rencontre dans un parc du Plateau-Mont-Royal, Vincent Roberge revient à peine de Toronto, où il faisait partie des 10 candidats du prestigieux gala des prix Polaris. La veille, il avait appris qu’il dominait les nominations en vue du prochain gala de l’ADISQ avec six, notamment dans la catégorie Chanson de l’année.

Deux étapes de plus dans sa vie en montagnes russes, faites de salles combles, de récompenses (il a aussi obtenu cette année le prix Rapsat-Lelièvre et le prix Félix-Leclerc, en plus d’être nommé Révélation pop Radio-Canada) et d’adrénaline, mais aussi de déplacements incessants en mini-van, d’amis qu’on perd de vue et de famille qu’on néglige un peu.

«Être musicien, c’est un peu être Peter Pan. Les meilleurs, gars ou filles, sont tous restés des kids.» Vincent Roberge, alias Les Louanges

Ça donne une vie un peu «vaudeville» selon ses dires, centrée autour de la musique qui l’a amené partout au Québec, en Europe francophone et même aux États-Unis. Avec les hauts et les bas que ça implique…

Des hauts comme ces quatre shows en autant de jours dans l’est du Québec, qu’il se remémore avec un petit sourire en coin et une cigarette au bec.

Une épopée durant laquelle il a failli se faire casser la gueule par des gars des Îles-de-la-Madeleine («le show a vraiment levé, certains n’ont pas aimé ça qu’on ait trop d’attention»), avant de provoquer presque une émeute au Festival du bout du monde de Gaspé. «On jouait dans une salle minuscule. Les gens rentraient par les fenêtres et commençaient à être agressifs. Les organisateurs nous ont demandé de commencer plus tôt parce qu’ils commençaient à avoir peur.»

Des bas aussi, comme enterrer son grand-père la veille de son départ pour le festival South by South West pour jouer devant un public parfois indifférent.

«Austin et Paris dans le même mois / À jouer devant des gens qui te connaissent pas / Devant des gens qui peut-être s’en rappelleront pas, /Du kid qui leur gueulait des choses en québécois», chante-t-il sur la première pièce d’Expansion Pack, Attends-moi pas. Le message est clair: ne l’attendez pas, parce que, lui, n’a pas le temps d’attendre.

«C’est comme un tourbillon, illustre le jeune homme de 23 ans. Les gens autour de toi ont l’impression que tu es rendu big, pensent que tu as viré Hollywood. Mais je suis juste pas là. Si je ne donne pas de réponse, c’est parce que je fais de la musique en ce moment.  [Dans ces conditions], c’est dur de dealer avec des relations personnelles et amoureuses.»

«La majorité du monde me voit passer en courant […] mon téléphone maintenant s’apparente à une salle d’attente», constate-t-il sur Drumz.

Philosophe et très conscient de la chance qu’il a, le multi-instrumentiste originaire de Lévis semble très bien s’en accommoder.

«Il n’y a rien de parfait dans la vie. Tout le monde a ses accrocs. En même temps, je fais tous les jours ce que j’aime le plus dans la vie. Le retour du balancier, je vais le prendre. Et tant mieux, ça me fait écrire des tounes. [Rires]»

La tentation du hip-hop

Des tounes comme Drumz justement, laquelle proclame son envie de faire groover partout où il passe, même si le lendemain de veille est un peu difficile: «On arrive un peu late / Encore un peu scrap /, Mais j’espère que t’es prêt parce que mon drummer y tape!.»

«Ça fait partie de la job de faire le party et d’y aller fort sur le stage, j’ai l’impression, soutient-il. Si je me défonce sur le stage, je ne vais pas me coucher après nécessairement. On arrive un peu croche au show suivant, mais on est prêt à repartir à la guerre! Même si je suis magané, je vais faire comme si c’était le dernier show que j’allais donner dans ma vie.»

Drumz, réalisé avec le Montréalais Maky Lavender, et Les yeux sur la balle, sur laquelle Robert Nelson vient faire son tour, font une place beaucoup plus grande au rap que ce à quoi Vincent Roberge nous a habitués.

Après la pop jazzy et funk de La nuit est une panthère, le hip-hop serait-il la voie d’avenir pour Les Louanges?

«Définitivement, répond-il avec assurance. [Le hip-hop], ça reste ce que j’écoute le plus au quotidien. J’ai passé proche d’avoir KNLO sur Tercel, mais on n’avait pas le temps. Ayant grandi sur la Rive-Sud de Québec, Alaclair Ensemble, ce sont mes héros.»

«Je ne me considère pas comme un rappeur, mais j’en écoute assez pour comprendre comment le faire un peu. J’ai réussi à trouver comment l’adapter à ma manière, pour que ce soit crédible. Pour ne pas manquer de respect à cette belle culture-là.»

Les influences électros se font également plus présentes sur Expansion Pack, qui annonce déjà un
deuxième album.

«J’ai appris beaucoup avec le EP et j’ai pris une coche en programmation. Déjà, je recommence à travailler sur des trucs et ça va être fou. Je joue avec les textures, on va vraiment y aller électro. J’en envie d’avoir la même richesse dans ce que je fais et de sonner aussi bien que les Lomepal, Roméo Elvis, Loud de ce monde. C’est là où je veux aller.»

La fierté d’être «queb»

Vincent Roberge ne s’en cache pas, il aimerait aussi retenter sa chance au Polaris. Non seulement pour lui, mais pour toute la scène musicale québécoise, actuellement en pleine effervescence.

Des 10 finalistes au prix, la moitié venait du Québec: Les Louanges, Dominique Fils-Aimé, Marie Davidson, Elisapie et le groupe Fet.Nat. Mais il était le seul à chanter uniquement en français.

«C’est tough de perdre quand tout le monde te dit que tu vas gagner et que tu le mérites, même des Anglos. J’avais une certaine pression de représenter le Québec», confie-t-il.

«Il y a peut-être une dimension politique dans tout ça. J’y vois une affirmation de l’identité québécoise. Pas en étant dans l’exclusion ou en attaquant les autres, mais simplement avec la volonté d’être considéré. Tranquillement, ça se passe. Les gens s’ouvrent et aiment entendre de nouveaux trucs. Québec is the new cool.»


Un peu d’info

Expansion Pack

Disponible le 27 septembre

Lancement samedi en formule 5@7 au skatepark Mile-End

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