Culture

«The Twentieth Century»: l’histoire sans fin

«The Twentieth Century»: l’histoire sans fin
Photo: Collaboration spécialeThe Twentieth Century est présenté au FNC les 13 et 17 octobre. La classe de maître de Matthew Rankin se tiendra le 16 octobre.

S’il y a un film à voir avant les prochaines élections fédérales, c’est The Twentieth Century, de Matthew Rankin, qui est présenté dans le cadre du Festival du nouveau cinéma (FNC).

Déjà, un projet cinématographique sur Mackenzie King n’est pas banal. On le retrouve ici en 1899, alors qu’il rêve de devenir premier ministre du Canada. C’est en lisant le journal intime que l’important homme politisé a écrit entre l’âge de 23 et de 26 ans que Matthew Rankin a eu l’idée de s’y intéresser.

«Je sentais une étrange et très forte connexion, raconte celui qui a remporté pour cette œuvre le prix du Meilleur premier film canadien au TIFF. Je tiens aussi un journal. Quand je relis ce que j’ai écrit à cet âge-là, je constate que c’était extrêmement mélodramatique, vaniteux, réactionnaire, et j’ai honte. J’avais un peu le même sentiment en lisant son journal.»

Mais il ne s’agit pas d’un biopic comme les autres. Bien au contraire. Fidèle à ses habitudes, le cinéaste de Winnipeg qui réside à Montréal travaille à partir d’une figure historique – comme il l’avait fait sur ses cours métrages remarqués Tesla et Mynarski chute mortelle – pour y incorporer une folie, une poésie et une liberté salvatrices.

La réalité est tordue au profit de fantasmes souvent hilarants, mettant à profit une imposante distribution (qui comprend notamment Sarianne Cormier, Emmanuel Schwartz, Martin Dubreuil et Marie Brassard) évoluant dans un univers unique.

Un peu comme si Guy Maddin tentait de refaire le Metropolis de Fritz Lang en s’inspirant des peintures de York Wilson et d’Expo 67. L’esthétisme bouillonne d’inventivité et d’expérimentations, faisant beaucoup avec peu.

«La honte, la répression et la gratification de soi sont les trois piliers de la société canadienne-anglaise.» –Matthew Rankin, qui signe avec The Twentieh Century une satire politique caustique.

«Je cherche à faire un film maximaliste avec un budget de Dollarama, explique celui qui animera également une classe de maître au FNC. Ça exige que j’assume totalement le côté artificiel de la chose. Je n’ai aucune possibilité de faire un film d’époque épique qui soit crédible.»

La politique résonne évidemment au cœur de ce récit, aussi ludique soit-il. Les relations parfois incestueuses entre la Grande-Bretagne, le Canada anglais et le Québec ne manquent pas d’étonner, ayant en leur centre un homme qui a dirigé son pays pendant 22 ans.

«Pour réussir ça, Mackenzie King a gardé un centrisme radical, évoque Matthew Rankin. Il a souvent eu à renier ses convictions profondes. Et c’est exactement ce qu’on voit chez les politiciens d’aujourd’hui. C’est juste une façon de garder le pouvoir, de maintenir tout le monde dans la déception et de ne pas prendre de risque. Des fois, il faut agir, passer aux actes.»

«Il a un peu établi la recette que le Canada suit depuis longtemps. Un pays qui est énormément riche, avec beaucoup de potentiel et de capacités pour surmonter ses petits problèmes, mais qui préfère dormir dans la gratification de soi.»


The Twentieth Century est présenté au FNC les 13 et 17 octobre. La classe de maître de Matthew Rankin se tiendra le 16 octobre.