Sortie 67: la spirale de la violence
C’est à la suite de la mort de son neveu de 16 ans, tué dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, que Jephté Bastien a écrit le scénario de Sortie 67. «Au départ, je n’écrivais pas nécessairement un scénario, j’écrivais pour exorciser ma peine, pour dealer avec la culpabilité, précise-t-il. Je ne voulais pas que mon neveu soit mort inutilement, je voulais faire quelque chose de positif avec tout ça, sans savoir ce que ça allait être.»
C’est ainsi que le cinéaste, qui s’était jusque-là davantage fait connaître du côté du cinéma documentaire, a donné naissance à son premier long métrage de fiction, mais aussi au premier film au Québec ayant pour sujet les gangs de rue de Montréal. «J’ai eu envie d’aborder le sujet par la fiction parce que ça me permettait d’être plus libre, explique Jephté Bastien. Je voulais montrer le côté humain de la violence, ouvrir une porte sur ce sujet abordé de façon sensationnaliste par les médias et dont on essaie de traiter les symptômes sans en connaître la cause.»
Dans Sortie 67, Bastien raconte l’histoire de Jecko, jeune métis dont la mère haïtienne a été assassinée par le père, un Blanc. Jecko entre donc très jeune dans une spirale de violence et de désir de vengeance, jusqu’à ce qu’il choisisse de se prendre en main. «Je voulais montrer le revers de la médaille, c’est-à-dire que c’est l’humain qui porte en lui la violence. Tout commence à la maison; ce que les parents ont inculqué aux enfants, c’est ça qu’ils emmènent dans le monde.»
Le cinéaste souhaite que le film suscite un dialogue. «J’aimerais que ça nous amène à nous questionner nous-mêmes. Est-ce un problème haïtien, latino, arabe? Ou est-ce un problème sociétal? On envoie de l’aide dans les pays d’Afrique pour se donner bonne conscience, mais on néglige ce qui se passe ici. Quand on est dans un avion, s’il y a des turbulences, il faut mettre son masque à oxygène d’abord, avant d’aider les autres. C’est la même chose, il faut régler ce qui se passe au pays d’abord.»
Un miroir blanchi
L’acteur et réalisateur Henri Pardo considère qu’un film comme Sortie 67 ne peut qu’être bénéfique pour le cinéma québécois : «On habite au Québec, un pays à la diversité culturelle importante, et il faut se regarder dans le miroir et se voir telle qu’on est. Sauf que le miroir est un peu blanchi en ce moment…» Pardo s’est vu confier le rôle de Jecko très peu de temps avant le début du tournage, parce que l’acteur qui devait l’interpréter s’était blessé. «J’ai accepté parce que j’avais confiance en Jephté, en sa démarche d’homme engagé. La complexité et les contradictions du personnage m’ont tout de suite plu.»
Henri Pardo n’est pas un spécialiste de la problématique des gangs de rue. «Jephté a imaginé une situation et on a tous mis notre cÅ“ur dedans. Ce n’est pas un documentaire; les détails ne sont pas importants, l’émotion l’est.»
Sortie 67
En salle dès vendredi