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«Jusqu’au déclin»: une question de survie

jusqu'au déclin
Photo: Collaboration spéciale avec Netflix/Bertrand Calmeau

La réalité dépasse parfois la fiction. En pleine pandémie, le thriller québécois Jusqu’au déclin, qui met en scène des survivalistes se préparant à une catastrophe, prend l’affiche aujourd’hui.

Difficile d’imaginer un «meilleur moment» pour la sortie du film, alors que la peur du coronavirus s’est emparée de la planète et que le papier de toilette disparaît des tablettes des magasins à la vitesse de l’éclair.

«C’est sûr que la perception du film va changer, croit le réalisateur Patrice Laliberté, joint hier, après l’annonce des mesures de confinement du gouvernement québécois. Il ne faut pas partir dans la paranoïa, mais il y a quelque chose de surréaliste en ce moment. Le contexte a changé.»

En cas de quarantaine prolongée, les spectateurs n’auront même pas à sortir de leur foyer pour le voir, Jusqu’au déclin étant le premier film québécois produit et distribué par Netflix.

«Je ne crains pas pour la visibilité du film, admet le cinéaste. À l’inverse, parce que le film se retrouve sur une plateforme accessible à la maison, il pourrait y avoir un intérêt grandissant. Je ne peux pas me réjouir de la situation, mais j’ai l’impression que, en raison de sa nature et du fait qu’il est sur Netflix, les gens vont être portés à s’y intéresser.»

«Ou peut-être que les gens vont avoir une écoeurantite aiguë parce qu’on va beaucoup en entendre parler. C’est une lame à double tranchant. Le temps nous le dira.»

La peur comme moteur

Le long métrage traite d’un sujet très actuel: la peur. La peur de l’avenir, mais aussi la peur de l’Autre.

Depuis plusieurs décennies, ces sentiments ont donné naissance au mouvement survivaliste, lequel se compose d’individus et de groupes qui, souvent dans la marginalité, se préparent à un «bris de normalité».

Un euphémisme pour évoquer une crise mondiale, une guerre, un cataclysme, une panne électrique prolongée, un effondrement économique ou… une pandémie. Bref, la fin du monde telle qu’on le connaît.

«La peur, ce n’est pas logique, mais ce sont des gens qui transforment la peur en projets concrets. Ils se disent: “Tant qu’à avoir peur, je vais m’arranger pour la gérer en construisant quelque chose”», explique la comédienne Marie-Évelyne Lessard, qui incarne Rachel, une prepper au passé militaire.

C’est aussi la peur qui pousse les protagonistes du film à se préparer à toute éventualité, que ce soit en accumulant de la nourriture, en apprenant le maniement des armes ou en se repliant loin de toute civilisation.

Parmi eux, Antoine (Guillaume Laurin), un jeune père de famille qui se joint au groupe d’Alain (Réal Bossé) le temps d’un week-end pour parfaire ses techniques de survie.

Rassemblée autour de leur leader charismatique, la troupe comprend diverses personnalités: une ancienne militaire, un chasseur (Guillaume Cyr), une adepte de la permaculture (Marylin Castonguay) et un fana des armes à feu (Marc Beaupré).

«On voulait présenter tout le spectre des survivalistes, insiste Guillaume Laurin, qui a aussi contribué au scénario. Il y a des nuances à apporter. On aurait manqué de respect si on ne l’avait pas fait. On a développé un super respect pour ces gens-là au fil de nos recherches et de nos rencontres. Il y a une multitude de visions et de façons de se préparer à l’intérieur du mouvement. On ne voulait pas en faire un freak show

Dans la fiction, la belle unité du groupe est mise à l’épreuve lorsqu’un accident survient. C’est alors que le laïus d’Alain – «pour vivre, il faut d’abord survivre» – prend tout son sens… et que l’action commence.

3, 2, 1… action!

Et de l’action, il y en a énormément dans Jusqu’au déclin, qui emprunte un chemin semblable à celui des Affamés, de Robin Aubert: un film de genre destiné au grand public.

«C’est rare au cinéma québécois qu’on peut expérimenter autant de choses, explique Marie-Évelyne Lessard (19-2). Tourner en raquettes ou en motoneige, faire des cascades, tirer du gun, tout en tournant des scènes super queb’ autour d’un feu de camp, des scènes intimes…»

«J’ai vécu dans ce film quelque chose que je n’avais jamais vécu auparavant. On était toujours dans l’action. Ce n’est pas un film verbeux où on est toujours en train de jaser. Tous les acteurs étaient dans le même état, ça se passait beaucoup dans le regard et dans l’écoute.»

Pour ajouter au réalisme, le tournage s’est déroulé dans des conditions extrêmes, en plein hiver dans les Laurentides, parfois la nuit, la température tombant jusqu’à -30 °C.

«C’est un autre type de travail [pour les comédiens]. C’est jouer, mais jouer différemment, soutient Réal Bossé. On devrait pouvoir faire nos cascades le plus souvent possible. Il s’agit de créer un personnage, mais physiquement. Tu joues quoi quand tu fais un personnage qui court avec un gun? Tu joues pas, tu cours! Ça simplifie la chose et ça ajoute au réalisme.»

Merci Netflix

De l’avis de tous ses artisans, Jusqu’au déclin n’aurait pas pu voir le jour si rapidement sans l’aide de Netflix, qui a financé le film à hauteur d’environ 5 M$.

L’implication du géant américain a permis de court-circuiter les méthodes de financement traditionnelles, un processus qui peut-être long et fastidieux.

«Ce n’est pas un chèque en blanc, affirme la productrice Julie Groleau. Mais on a un montant qu’on n’aurait jamais eu si on était passés par les institutions publiques, parce qu’on est une boîte de production [Couronne Nord] qui n’avait pas de long métrage à son actif.»

Le long métrage bénéficiera également d’une visibilité planétaire et sera sous-titré dans 32 langues, du danois au chinois.

«C’est vertigineux, admet Patrice Laliberté. Il n’y a pas un film québécois qui a profité d’une diffusion aussi importante dans le monde. Les gens ne soupçonnent pas à quel point cette machine est forte et habile pour pousser des films. Ils ont une expertise incroyable.»

Travailler avec un aussi gros joueur vient-il avec des contraintes?

«Ils finançaient l’entièreté du film, c’est évident qu’il y avait un dialogue avec eux, dit Julie Groleau. On était en contact au quotidien, mais ils n’étaient pas sur le plateau. On n’a jamais senti qu’ils voulaient changer le film ou en faire un produit à leur image. On a toujours senti que c’était notre projet.»


Un peu d’info:

Jusqu’au déclin

  • À l’affiche aujourd’hui
  • Sur Netflix le 27 mars

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