Culture
05:30 30 juillet 2020 | mise à jour le: 30 juillet 2020 à 16:34 temps de lecture: 5 minutes

«Journal de Bolivie»: marcher dans les pas de Che Guevara

«Journal de Bolivie»: marcher dans les pas de Che Guevara
Photo: K Films AmériqueJournal de Bolivie prend l'affiche l'affiche vendredi.

Cinquante ans après sa mort, le révolutionnaire argentin Ernesto «Che» Guevara continue d’exercer une fascination pour de nombreux Latino-américains…et au moins deux documentaristes québécois.

En 2017, les cinéastes Jules Falardeau et Jean-Philippe Nadeau Marcoux sont retournés sur les lieux qui ont vu mourir cette figure mythique le 9 octobre 1967, alors qu’il tentait de reproduire la révolution cubaine en Bolivie.

Ce voyage vers le modeste village de La Higuera, campé dans la sierra bolivienne, s’est fait en compagnie militants boliviens, qui, des années plus tôt, avait parcouru à pied «la route du Che».

Plus que le Che, ce sont eux, syndicaliste, quincailler ou simple homme de la rue, qui sont les protagonistes de Journal de Bolivie.

«C’est d’abord un film sur la mémoire du Che, explique Jules Falardeau, qui assure lui-même la narration du film. Des films et des livres sur Guevara, il y en a eu des dizaines et des dizaines. Notre souci, c’était d’essayer de trouver comment on peut aborder cela d’une nouvelle manière.»

«C’est un héros sud-américain mythique. Le fait qu’il soit mort jeune a figé son image dans le temps.» -Jules Falardeau, à propos d’Ernesto «Che» Guevara

Jules Falardeau
Jules Falardeau. Josie Desmarais/Métro

Ainsi, le premier long métrage des deux trentenaires s’intéresse avant tout à la façon dont on se rappelle Guevara en Amérique latine et à la manière dont il s’incarne encore aujourd’hui dans l’arène politique.

«Le Che fait partie des grands personnages dans la majeure partie des cultures sud-américaines, estime le réalisateur. Sous les dictatures militaires, sa mémoire a été complètement cachée ou laissée à l’abandon. Mais les gouvernements de gauche comme celui d’Evo Morales (qui a organisé les commémorations du 50e anniversaire de son décès) ont contribué à rappeler son souvenir.»

Derrière l’image de guérillero barbu qui lui colle à la peau, Ernesto Guevara est-il encore un symbole pertinent aujourd’hui?

«Oui, très actuel», répond sans aucune hésitation Jules Falardeau.

«C’est une figure de droiture. C’est quelqu’un qui avait accès à certains privilèges (né dans une famille de la classe moyenne, il a d’abord été médecin) et qui a décidé de tout plaquer pour suivre son idéal. Sa témérité a peut-être causé sa chute en Bolivie, mais croire en quelque chose et le mener jusqu’au bout, c’est inspirant. Particulièrement pour les jeunes.»

Sociofinancement

Le duo de réalisateurs a aussi fait preuve d’acharnement pour mener à bout ce projet, réalisé sans l’appui des institutions de financement culturel.

«J’aurais bien pris l’argent des institutions. On a fait des demandes avant de partir en Bolivie, puis en post-production, mais il devait y avoir trop de bons projets cette année-là…», laisse tomber Jules Falardeau avec un brin d’amertume dans la voix.

C’est plutôt une campagne de sociofinancement qui a permis de mener le projet à terme, trois ans après son tournage.

Parmi les donateurs, on retrouve notamment le magnat des affaires Pierre Karl Péladeau et le sculpteur Armand Vaillancourt.

«C’est drôle de les avoir côte à côte, mais ce sont des gens qui ont tout de suite embarqué dans le projet. Il y a eu d’autres contributions plus modestes, touchantes, venants de gens de tous les âges, qui ont donné ce qu’ils pouvaient donner.»

«Un film, c’est comme un enfant que tu élèves. Celui-là a seulement été plus long à élever», note Jules Falardeau, qui travaille aussi pour la plateforme Tabloïd.

«Mais une fois que tu as le film entre les mains et que de gens d’horizons tellement différents y ont crus, tu ne peux plus reculer.»

Le fils de son père

Coïncidence ou non, son père Pierre Falardeau, décédé en 2009, a lui aussi essuyé plusieurs refus des organismes subventionnaires, notamment pour Octobre et 15 février 1839.

Les deux partagent surtout un goût pour le film politique et un engagement bien marqué pour l’indépendance des peuples, à commencer par celle des Québécois.

Le fils ne nie pas une certaine filiation avec l’œuvre de son père, bien au contraire.

«Son œuvre documentaire, elle-même inspirée des géants de l’ONF, est super inspirante», en citant notamment À force de courage, qui retrace le combat des Algériens pour leur indépendance.

«C’était aussi montrer aux Québécois qu’est-ce que l’Algérie, qu’est-ce c’est que d’être indépendant et se prendre en main. De la même façon, on est allé en Bolivie pour montrer aux Québécois que l’engagement politique, ce n’est pas juste les partis politiques, ça peut aussi se transmettre autrement. C’est important.»

Est-ce difficile de trouver sa propre voix quand on fait du cinéma et qu’on marche dans les traces d’un père aussi marquant?

«Je ne me préoccupe pas vraiment de ça, explique Jules en éclatant de rire. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Je fais mes trucs et si les gens y voient des similitudes, tant mieux pour eux. C’est sûr que je ne peux pas le renier, c’est lui qui m’a élevé.»

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