Culture

«BLUE», récit initiatique d’Emma Beko

Emma Beko Blue
La rappeuse Emma Beko Photo: Josie Desmarais/Métro

La rappeuse Emma Beko s’envolait en solo fin janvier avec BLUE. Elle prépare depuis un concert virtuel au concept inédit, prévu en fin de semaine. À cette occasion, Métro a rencontré l’étoile montante du hip-hop montréalais.

«J’aimerais que les gens chez eux vivent un moment extrêmement spécial, et qu’ils s’en souviennent», nous dit une Emma Beko excitée par l’approche de The BLUE Experience. Vendredi soir, à L’Anti à Québec, elle donnera ainsi une deuxième vie aux neuf morceaux que compte son premier enregistrement. L’artiste promet que «personne n’y sera indifférent», car beaucoup «d’attention et d’amour» ont été réservés à la mise en scène.

Depuis un an, Emma Beko regrette que ses pairs ne profitent pas plus des infinies possibilités offertes par les spectacles en ligne. «Être sur scène sans public, c’est notre réalité du moment. Je veux inspirer les autres musiciens à se dépasser. Avec ma belle équipe, on a essayé de rendre ça plus intéressant», précise-t-elle, n’oubliant pas «les gens derrière leur écran». Et d’ajouter «un peu comme quand on allait voir un show et qu’on en repartait high parce que c’était vraiment l’fun».

Intime et écorchée

Un mois et demi après le lancement de son disque, la rappeuse avance dans son projet sans Laroie – sa meilleure amie avec qui elle formait Heartstreet depuis une dizaine d’années. The BLUE Experience aide donc Emma Beko à se présenter en (presque) personne au monde. «Je veux m’introduire et dire que j’existe avec toutes mes facettes», s’enthousiasme-t-elle.

Même si son groupe lui a permis de se découvrir en tant qu’artiste, l’envie d’explorer qui elle était individuellement a commencé à se faire sentir vers 2017. Puis, est arrivée la pandémie, juste après le premier extrait, Waves, paru en février l’an passé. «Ça nous a donné plus de temps, à elle et à moi, de nous concentrer sur nos projets respectifs», confie Emma Beko.

Et faire du hip-hop sans compromis, elle adore ça. «Je parle de toutes les choses qui me rendent fragile et humaine. BLUE, ce sont des bribes de ma vie et de mon histoire, de mes peurs également. Côté sonore, ça me ressemble. Aujourd’hui, je suis plus sûre que jamais de qui je suis et ce que je veux faire.»

Emma Beko n’hésite pas à se dévoiler, partageant avec nous ses moments les plus obscurs sans jamais éteindre sa vitalité. «J’ai mis en chanson des instants difficiles. Ça m’a vraiment aidée à les gérer et à me sentir moins seule dans cette bataille-là», explique-t-elle avec toute la douceur de sa voix éraillée.

BLUE, l’entre-deux d’Emma Beko

À New York, pendant son adolescence – le temps des apprentissages – et à mille lieues de l’âge adulte, elle a commencé à souffrir d’anxiété. «J’ai cru que j’allais mourir pendant ma première crise de panique. Après, comme j’avais peur d’en refaire, je buvais beaucoup. Avec l’alcool, je n’en avais plus…»

Ces épreuves intenses, Emma Beko les évoque justement dans certains de ses titres. «Il n’y a pas beaucoup de rappeurs qui parlent de ce qui les rend vulnérables, comme s’ils avaient abandonné. Moi je veux dire qu’il y a de l’espoir», fait-elle remarquer.

«On apprend et on continue à grandir pour le reste de nos vies, mais cet entre-deux est vraiment compliqué. Ma musique est l’expression de cette période-là, car je crois que j’en suis à la sortie. Je ne suis plus complètement dedans, en tout cas.» Emma Beko

«J’ai 29 ans, et c’est fou tout ce qui s’est passé depuis mon adolescence», se rappelle-t-elle. Devient-on adulte lors de la vingtaine? Dans son album, Emma Beko s’interroge, comme beaucoup. «C’est loin de ma réalité même si pour certaines personnes, c’est sûr que ça l’est», dit-elle

Immigrante avec une mère hongroise et québécoise et un père péruvien, elle aborde aussi le fait qu’elle se soit souvent sentie outsider, même si «le Québec a toujours été accueillant». «Ces étapes ont évidemment affecté ma musique, mais je ne pense pas qu’il y ait d’influences de la Hongrie ou du Pérou  [où elle a vu le jour et vécu, NDLR), par exemple».

Des proches musiciens présents

Emma Beko s’est aussi bien entourée pour le processus créatif de BLUE. Avec son ami Quills, elle signe le profond  Salute, qui raconte un proche disparu. «Il comprend le deuil et la mort, puisqu’on en avait souvent parlé. C’était le parfait moment pour collaborer, et se guérir un peu», croit-elle. Le morceau Party est quant à lui tout l’inverse de ce qu’on imagine être une fête. «C’était une journée de pluie, Ryms était là, mon producteur Beau Geste aussi. Le vibe était assez dark, mais on a aimé vivre ça ensemble.»

La touchante Alma (avec Karelle Tremblay) a, elle, été écrite pour la petite sœur de 5 ans de l’artiste, qu’elle a rencontrée tardivement. «Il y a eu une période où elle m’ignorait et ça m’a brisé le coeur. Je savais que ce n’était pas personnel car c’est une enfant, mais ça m’a fait de la peine. Je l’aime plus que tout, je n’ai pas d’autres frères et sœurs. C’est la première fois que je ressens cet amour-là», livre délicatement Emma Beko.

Enfin, parce qu’elle met en lumière une odyssée singulière, mais qui peut-être universelle, l’autrice-compositrice-interprète reçoit régulièrement des messages de personnes qui se reconnaissent dans sa musique. «C’est incroyable! C’est là chose la plus gratifiante au monde!»

The BLUE Experience en direct vendredi 19 mars à 21h 

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