Culture
05:47 7 avril 2021 | mise à jour le: 7 avril 2021 à 07:38 temps de lecture: 5 minutes

Anthony Hopkins: «Mon personnage dans “The Father”, c’est mon père»

Anthony Hopkins: «Mon personnage dans “The Father”, c’est mon père»
Photo: Entract FilmsAnthony Hopkins dans The Fater

En jouant un homme qui perd la tête, Anthony Hopkins livre une des meilleures performances de sa carrière dans The Father. Métro s’est entretenu avec l’acteur à propos de ce rôle qui lui a valu une sixième nomination aux Oscars.

The Father, réalisé par Florian Zeller, est un film à propos d’un homme qui souffre de démence. Il fait vivre au public une histoire où la confusion embrouille la mémoire, où la logique est absente et où l’espace-temps se plie.

Dans une succession de scènes discontinues, les membres de la famille de l’homme fusionnent et divergent au milieu de l’effondrement de sa réalité, terrifiant non seulement le personnage principal, mais aussi les spectateurs.

Le suspense est porté par Sir Anthony Hopkins, qui offre une des meilleures performances de sa carrière. «J’ai aimé la façon qu’a le scénario de créer de la confusion dans l’esprit du personnage, tout en déroutant le spectateur avec la perspective de ce dernier», explique-t-il lors d’une vidéoconférence depuis Londres.

L’acteur reconnait que ses émotions lui ont joué des tours lors du tournage. «Je ne veux pas exagérer, mais c’est arrivé durant le tournage de la dernière scène avec Olivia Williams, dans la chambre du personnage. On a tourné une première prise et Florian, qui a habituellement besoin de seulement deux prises tout au plus, m’a demandé de répéter la scène», entame-t-il.

«Tout d’un coup, je me suis arrêté et je lui ai demandé si je pouvais disparaître pendant quelques minutes. C’est normal de prendre environ 15 minutes pour se vider l’esprit. Je me suis promené un peu et quand je suis revenu, je me sentais bizarre. Alors, j’ai demandé de prendre encore quelques minutes pour moi. C’est à ce moment que j’ai regardé un peu autour de moi et que j’ai vu la table de chevet près du lit sur laquelle il y avait une paire de lunettes, un livre et une photo de ses filles…» poursuit-il.

«Cette image m’a ramené à mon père. Un souvenir peut garder en vie ceux qui sont partis, ils sont une preuve vivante que le passé existe. De nos jours, on a des photos, mais ma mère et mon père existent dans mes souvenirs. Le temps est un événement si particulier que ça a rendu la scène meilleure en raison de l’effet que ce moment a eu sur moi», note l’acteur.

En fait, tout ce que le personnage vit dans le film, Anthony Hopkins l’a vécu avec son père, un boulanger gallois qui avait beaucoup de volonté.

«Mon père était, dans la dernière partie de sa vie, un homme assez belliqueux. Je me rappelle très bien de sa douleur et de la douleur de ma mère, qui prenait soin de lui. Ils se chicanaient parce qu’il était impoli, mais il se comportait de cette façon parce qu’il vivait dans la peur. Je peux dire que mon personnage dans le film, c’est mon père», admet Hopkins.

En route vers les Oscars

Zeller qualifie son film de «farce tragique». Une pièce de théâtre pour laquelle Frank Langella a remporté un Tony en 2016 quand elle a été présentée à Broadway, et qui a rapporté à Hopkins une sixième nomination aux Oscars. L’acteur pourrait bientôt se mériter une deuxième statuette, 30 ans après en avoir été oscarisé pour son rôle dans Le Silence des agneaux.

«Ça a été facile pour moi de tourner ce film parce que le script était comme une carte routière avec des situations très simples, et c’est la beauté de la chose: de garder la folie simple. À mesure que je vieillis, j’ai réalisé que ce n’était pas nécessaire d’analyser le travail à accomplir. Nous, les acteurs, essayons de surexaminer les situations.»

«Vieillir m’a aidé à comprendre qu’il y a toujours une façon plus simple de faire les choses.» -Anthony Hopkins

Lors de son enfance passée à Port Talbot, au pays de Galles – avant qu’il ne soit découvert par Sir Laurence Olivier, fait chevalier par la reine Elizabeth II et ait remporté son premier Oscar – Anthony Hopkins ne se considérait pas comme intelligent.

«Avec l’âge, je suis devenu sage et maintenant, je sais que je ne sais rien. Tout ce que je veux est de passer mes jours en paix parce que je suis conscient de ma mortalité et que je veux continuer de travailler avec énergie.»

Selon ses dires, la COVID-19 a appris à l’acteur à profiter au maximum de ses journées. «Je médite, je joue du piano, je lis, je peins et je suis en paix. De toutes les choses que je croyais savoir, je sais seulement que la vie est un mystère», philosophe-t-il.

«Je repense à ma vie et je n’arrive pas à croire à ce que j’ai pu réussir. Si c’est arrivé ou non parce que j’étais au bon endroit au bon moment. De penser que je ne sais rien me donne une merveilleuse liberté et quand je médite, je pense à ça. La vie est tellement plus que ce que l’humain est en mesure de comprendre et je parle là du processus divin d’être en vie, c’est une merveille d’être en vie, juste le fait d’être ici en ce moment est assez étrange. Alors non, je ne sais rien.»

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