Le missionnaire: question morale
L’image est frappante. Jean-Marie Bigard, un des humoristes les plus controversés et vulgaires de la francophonie, dans la peau d’un prêtre. Pas un homme de foi comme les autres, mais un bandit qui vient tout juste de sortir de prison et qui a besoin d’une couverture pour se tenir à l’écart des problèmes.
Une hérésie pour les adeptes du Grand silence et de Des dieux et des hommes, mais une chose tout à fait normale pour les amateurs d’humour décapant et sans concession. Même si le ton du Missionnaire pourrait paraître un peu plus gentil au cinéma…
«C’est un film, ce n’est pas pareil, a clarifié l’acteur lors de son passage à Montréal dans le cadre du Festival Juste pour rire. On raconte une histoire avec des personnages. Évidemment, j’endosse avec plaisir le rôle de ce malfrat. Le seul point commun avec les sketchs, peut-être, c’est que le malfrat demande les choses une fois. La deuxième fois, il met un coup de boule. Et après, seulement, il discute…»
La violence, le rire et les leçons de tolérance sont à l’honneur dans ce long métrage réalisé par Roger Delattre. «Je suis peut-être encore un enfant, mais j’ai envie que les gens sortent ravis de ce film avec des bons trucs dans la tête», souhaite Jean-Marie Bigard.
«Ce qui me fait rire, c’est qu’un malfrat devienne un curé et qu’il arrive, à la fin, à marier un Arabe à une Juive dans une église catholique.»
Au Québec comme en France, la mode des humoristes qui flirtent avec le septième art n’est pas nouvelle. S’il est tentant d’y voir un prolongement de la scène, Jean-Marie Bigard relativise. «Le cinéma est une famille. Tant que tu n’as pas fait un million d’entrées, les mecs sont toujours un peu réticents.»
Pas tout de suite
Côté cinéma, l’humoriste Jean-Marie Bigard n’est pas un novice. Il a plus d’une dizaine de films au compteur, autant des caméos que des rôles plus substantiels, notamment avec Claude Lelouch. Or, même s’il a réalisé L’âme sœur en 1999, ce n’est pas demain la veille qu’il se retrouvera derrière une caméra.
«C’est trop dur de faire les deux, confesse-t-il. J’aimerais bien réaliser à nouveau, mais il faudrait que je sois bien épaulé. J’ai tant de plaisir à jouer, à me laisser guider, alors que, réaliser, c’est être le patron de tout. Tu dors trois heures par nuit pendant huit semaines. Je ne suis pas assez calme. Je préfère franchement écrire.»
Le missionnaire
En salle dès vendredi