Culture

Snuff movies: Aux origines d’une légende urbaine macabre

Photo: Denis Beaumont/Métro

Dans le cadre de Fantasia, Simon Laperrière lance l’essai Snuff movies – naissance d’une légende urbaine, écrit en collaboration avec Antonio Dominguez Leiva. Un essai dans lequel il retrace les origines d’une lugubre rumeur.

«Hypothèse cauchemardesque», le snuff movie – de l’argot snuff, tuer – serait un film qui met en scène la torture et le meurtre réels. Son existence est encore démentie, mais la rumeur, née au siècle dernier, continue d’exister.

Intéressé «par la légende urbaine, et non par l’objet en tant que tel», Simon Laperrière a eu l’idée de creuser la question alors qu’il était encore étudiant en cinéma à l’Université de Montréal. «J’aime me donner des défis qui n’ont aucun sens. Et celui-là, c’en était un beau! Après tout, cela supposait d’étudier quelque chose qui n’existe pas.»

Après avoir abordé la question dans son mémoire, Simon s’est attelé à la création de cet essai, en compagnie d’Antonio Dominguez Leiva, professeur à l’UQAM. «On a vraiment eu un dialogue d’idées», dit-il.

Le résultat de ce dialogue, Snuff movies – naissance d’une légende urbaine, se concentre sur «le noyau de la rumeur». Une rumeur qui, selon Laperrière, «est apparue dans un contexte médiatique unique et propre à l’histoire du 20e siècle». «Il y a eu l’assassinat de Sharon Tate et de JFK, la guerre du Vietnam… C’était une période constellée d’images de violence», remarque le coauteur, qui est également l’un des programmateurs de Fantasia. Entretien.

Vous dites dans votre essai que le snuff est une histoire «complexe, mystérieuse», un «objet fuyant». Est-ce qu’en faisant des recherches sur ce thème incertain, vous avez senti par moments que le sujet vous échappait?
Oui. Déjà, d’un point de vue méthodologique, il n’y a pas beaucoup de choses écrites sur la question. Bien souvent, je devais me projeter dans la peau d’un spectateur des années 1970. Il fallait que je m’imagine comment c’était pour lui, d’aller au cinéma pour visionner des films qui montraient supposément des vraies morts. Cela dit, autant le sujet te fuit, autant il te rejoint. Il a fallu que j’accepte une part de noirceur. Lire des textes sur des gens animés par des pulsions pornographiques, qui aiment regarder des images de violence, et me plonger dans ce monde de perversion, par moments, ç’a été très difficile.

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Dans votre essai, vous offrez une analyse détaillée du film [de fiction] Snuff, paru en 1976, qui a déchaîné les passions à l’époque, plusieurs croyant que la torture présentée était réelle. Un incontournable?
Oui, j’ai passé beaucoup d’heures sur ce film… qui peut-être ne méritait pas autant d’attention! (Rires) On s’entend qu’il est très mauvais! Mais je pense que tout film est porteur d’un savoir, même si c’est le pire des navets. Je trouvais intéressant de voir comment Snuff s’inscrivait dans un courant, parlait à l’imaginaire de son époque; comment il a pu capitaliser sur quelque chose qui était en plein éveil.

Vous parlez beaucoup de l’assassinat de JFK, que vous décrivez comme étant le premier meurtre en direct, celui qui a éveillé des pulsions chez les spectateurs, au point où même des copies pirates de l’événement circulaient sous le manteau. Un moment décisif?
Ce qui est intéressant dans le cas de l’assassinat de JFK, c’est en effet que c’est l’un des premiers, sinon le premier meurtre télévisuel. Et on ne parle pas du meurtre de n’importe qui! On parle du président des États-Unis, qui plus est d’un président aimé, avec une aura de scandale autour de lui. Rapidement, les copies de l’assassinat ont été retirées du marché, mais elles circulaient dans le réseau étudiant et dans le réseau des films pornographiques. Dans certaines salles, on passait le film porno, puis la bobine du film de JFK, et on revenait à un autre porno. Cette circulation clandestine a aidé à mousser la légende urbaine des snuff.

Vous dites que la «fin du rêve hippie» et la fin des années 1960, début 1970, instaurent un climat propice à l’éclosion de cette légende urbaine…
C’est sûr! Il se passe tellement de choses à cette époque-là! La télévision se met à prendre de plus en plus de place, le cinéma se fait de plus en plus violent, c’est l’âge d’or du cinéma d’exploitation, le gore commence à devenir archipopulaire… Et puis, le climat sociopolitique est très tendu pour les Américains, qui baignent vraiment dans la violence. C’est presque logique que ce soit à ce moment-là que la légende urbaine fasse son apparition.

Vous ouvrez votre livre avec une citation de Dylan, tirée de Honest With Me : «Some things are too terrible to be true» (certaines choses sont trop horribles pour être vraies»). Ces paroles résument-elles votre pensée?
Oui. J’adore Bob Dylan et Love and Death, un album que j’écoute beaucoup. C’est mon préféré de lui. Je trouvais que ça s’appliquait si bien à notre propos! En plus, Dylan est tellement l’emblème d’un certain imaginaire américain que ça me paraissait logique de commencer l’essai avec lui.

Snuff movies – naissance d’une légende urbaine
Éditions le murmure

  • Lancement à la salle J.A. De Sève, dimanche à 15 h 10
  • Le lancement accompagne la projection du film The Killing of America.

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