Le défi de dépeindre Mandela
Mandela: Long Walk to Freedom prend une tout autre signification depuis la mort de celui qui est le sujet du film.
Le réalisateur Justin Chadwick ratisse beaucoup plus large que bien d’autres cinéastes qui se sont attardés de près ou de loin à Nelson Mandela. Dans Mandela: Long Walk to Freedom (Mandela : Un long chemin vers la liberté), Chadwick présente Mandela depuis son enfance. Il se permet même une incursion dans le passé trouble du président sud-africain décédé le 5 décembre dernier et présente le procès de sa femme, Winnie, alors que Madiba était emprisonné. Métro s’est entretenu avec le réalisateur britannique.
Vous avez récemment présenté le film à la Maison-Blanche. Il y a pire…
C’était un grand honneur. J’en parle avec beaucoup d’humilité. D’être à la Maison-Blanche et d’entendre le président Obama parler du film et de son importance, pour la nouvelle génération comme ses filles, surtout, c’est très émouvant. Et inspirant. Quel homme! C’était une soirée extraordinaire. Ma femme et moi n’avons pas dormi la nuit suivante. On se demandait si ça s’était vraiment passé!
Ça n’arrive pas tous les jours.
Quelqu’un m’a dit qu’Harvey [Weinstein, le prolifique producteur] n’avait pas fait de projection à la Maison-Blanche depuis Good Will Hunting [en 1997]. C’est assez surréel.
Ça devait être quand même moins intimidant que de présenter le film à Winnie Mandela.
Je dois dire que je la connaissais très peu. Je connaissais ce qui avait filtré dans la presse britannique alors que j’étais encore aux études. Puis, je l’ai rencontrée à quelques reprises pendant la phase de recherche pour le film. La première fois, je devais seulement prendre le thé avec elle. J’ai fini par rester six heures! Il y a sans cesse des enfants qui courent dans sa maison. Elle a toujours un petit-fils ou une petite-fille sur les genoux. La famille, c’est très important pour elle. À 23 ans, elle est demeurée en confinement, isolée, pendant 17 mois. C’était important pour moi de montrer cette histoire. C’est un film sur Mandela, mais nous devions aussi montrer ce qui arrivait à Winnie.
Quand vous devez raconter une histoire complexe qui se déroule sur plusieurs années, comment choisissez-vous les éléments importants à garder?
Le film est basé sur l’autobiographie Long Walk to Freedom, alors c’est le livre qui nous guidait. Il fallait commencer par son enfance. C’était nécessaire de montrer toute son histoire. Puisque c’est une incursion dans sa vie, une exploration de l’homme qu’il était, il fallait absolument montrer Mandela derrière des portes closes. Il fallait voir Mandela l’enfant, le père, le mari. Le film aborde aussi le thème du racisme pernicieux qui subsiste encore aujourd’hui. Mandela nous enseigne comment contrer cette haine et cette rage.
Comme vous présentez Mandela sur une très longue période, avez-vous considéré l’idée d’utiliser plusieurs acteurs pour jouer Mandela à l’âge adulte?
Au départ, les producteurs parlaient de grandes stars hollywoodiennes pour incarner Mandela à la fin de sa vie. Tout de suite, j’ai dit que je voulais, autant que possible, que ce soit le même acteur du début de l’âge adulte à la fin. Je voulais que le public n’ait à s’identifier qu’à une seule personne. En trouvant la bonne façon de présenter, à l’écran, Mandela à différents stades de sa vie, on pouvait y aller avec un seul acteur. C’était un pari risqué parce qu’Idris [Elba] est un acteur très instinctif. Je ne voulais surtout pas qu’on perde les nuances de son jeu derrière le maquillage.
Garder l’héritage vivant
L’acteur britannique Idris Elba incarne Nelson Mandela dans Mandela: Long Walk to Freedom. Métro l’a rencontré quelques jours avant la mort de cette figure majeure de l’histoire du XXe siècle.
Pour un acteur, jouer Mandela représente une sorte de Graal, non?
Oh oui, c’est un gros cadeau! Mandela est une figure historique incroyable qui a eu une vie phénoménale. C’était vraiment très excitant pour moi de l’incarner sur une longue période de sa vie. Il me fallait comprendre toutes les émotions qui l’ont animé au fil du temps. Au début, j’étais un peu récalcitrant. Tout le monde a une opinion sur lui. Mais le défi est devenu la raison pour laquelle j’ai accepté le rôle. Je voulais, à ma façon, garder son héritage vivant.
Vous ne lui ressemblez pas beaucoup. Cela a-t-il été un handicap?
Le réalisateur voulait un film avec un Mandela physiquement différent de l’original. Très vite, les spectateurs ne me voient plus, mais vivent l’histoire. On ne regarde pas Mandela, on le ressent. En cela, le film fonctionne parfaitement.
Quel est votre premier souvenir de Nelson Mandela?
Je crois que c’était avec mon père, en Angleterre. Je devais avoir 11 ou 12 ans. Il suivait son parcours politique de près. Il me disait combien c’était un grand homme. Je me souviens qu’il parlait beaucoup de lui, surtout à l’époque où il était à Robben Island. Et je me souviens que sa sortie de prison l’avait bouleversé.

Comment avez-vous préparé ce rôle?
J’ai abordé ce travail comme un journaliste. J’ai fait beaucoup de recherches. Je voulais comprendre la culture sud-africaine, savoir quel rapport le peuple entretenait avec Mandela, connaître la réaction des gens en sa présence, ne serait-ce qu’au moment où il entrait dans une pièce. Je suis resté deux mois en Afrique du Sud, notamment à Cape Town et à Johannesburg. J’en ai profité pour me rendre dans les principaux endroits qui ont tenu une place importante dans sa vie.
Avez-vous pu rencontrer Mandela?
Non parce qu’il était trop fragile. Mais j’ai rencontré Winnie Mandela, son ex-femme, et Zindzi et Zenani, les deux filles qu’ils ont eues. Elles m’ont parlé d’un père strict mais sympa et m’ont demandé de le jouer comme un vrai homme et non pas comme un mythe. Pour elles, c’est une personne à laquelle tout le monde peut s’identifier.
Tout ou presque a été dit sur Mandela. Qu’aimeriez-vous ajouter?
Je pense que le film essaye de mettre en lumière le sacrifice individuel qu’il a fait. Et ce, pour tellement de personnes qu’il ne connaissait même pas. Grâce à son parcours de vie, on se dit que tout est possible. Cet héritage est important. Les gens doivent retenir ça, surtout les jeunes qui ignorent tout de lui. Si on veut que les choses changent, on peut y arriver.
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Mandela: Long Walk to Freedom
En salle dès mercredi