Les ambiances vaporeuses de Lana Del Rey
Lundi soir, la comète Lana Del Rey s’est posée au Centre Bell. Retour sur une performance filante.
En guise d’entrée en matière, les musiciens de Lana se sont installés dans un décor fait de palmiers, de chandeliers et de sofas (tellement L.A.!) Puis, la chanteuse, vêtue d’une angélique robe blanche à fleurs, est entrée et a entamé la pièce que ses fans chantaient quelques minutes plus tôt devant le Centre Bell: «My pussy tastes like Pepsi Cola…»
Après ce morceau, intitulé chastement Cola, elle a dit son bonheur d’être là, parce que «c’est tellement un honneur d’être ici avec vous ce soir». «Ça veut dire tellement d’être enfin ici, j’ai l’impression que ça m’a pris tellement de temps, je suis tellement excitée, alors merci!» a-t-elle continué avant d’enchaîner avec une chanson en hommage à ses origines symboliques et à ses géniteurs idéologiques: sa «mère», Marilyn, son «père», Elvis, son «meilleur ami», Jésus.
[N.B.: À ceux qui se sont toujours demandé si elle chante en utilisant du playback ou de la bande préenregistrée: absolument pas.]
Là où des pop stars comme Madonna ou Lady Gaga se seraient lancées dans une chorégraphie de l’Apocalypse, Lana – Lizzy Grant de son vrai nom – survole la scène de façon vaporeuse, avec son air limite détaché, insouciant. Presque timide, elle descend dans la foule, prend quelques photos, se fait séduisante, subtilement sulfureuse.
Avec la chanteuse américaine, tout est dans les ambiances. Et puis, dans les clins d’œil visuels parsemés d’éléments de la symbolique étatsunienne: drapeau étoilé, Brooklyn Bridge, roses, signes en néon, motos qui filent dans le désert.
La jeune femme, d’une beauté sortie de la Factory de Warhol, a aussi une gestuelle curieuse: elle tient la main devant son micro, ajuste souvent ses oreillettes, prend des poses, s’adresse à son groupe en faisant dos à la foule, s’enquiert: «Est-ce que vous entendez tout correctement?» avant de «faire un test de son, ouhouhouhou». Ayant jugé ledit son O.K., elle s’installe momentanément dans son fauteuil, se réajuste et se lance dans Born To Die. Sur l’écran à l’arrière de la scène, une autoroute défile, façon Lynch, comme dans son vidéoclip.
[pullquote]
S’asseyant sur le sol, elle présente Carmen, puis se demande si son amoureux l’aimera encore quand elle ne sera plus Young and Beautiful. Une fois la chanson finie, elle s’esclaffe devant la clameur de la foule, s’émeut. Sur Summertime Sadness, tube ultime porté par la batterie qui martèle, Lana lève ses cheveux, «beauty queen style», comme une reine de beauté.
Puis, elle descend dans la foule, prend des photos, donne un baiser à une fan qui pleure, à un autre qui ne pleure pas. Pendant ce temps, le piano rythme sa séance de signatures, la guitare se fait langoureuse, l’icône échange quelques mots avec ses fidèles du premier rang. Un d’entre eux lui met une couronne de fleurs sur la tête (un accessoire très en vogue lundi). Lana ramasse aussi des drapeaux du Canada et du Québec, puis remonte sur scène faire Million Dollar Man.
Certes, un détracteur de Lana Del Rey ne serait pas forcément tombé en amour fou avec elle hier soir. Mais ses admirateurs, et ils sont nombreux, ont semblé apprécier son style. Et si, depuis son arrivée «officielle» sur la «scène musicale» en 2012, beaucoup ont déploré la machine marketing qui se cache derrière sa personne, il ne semblait pas y avoir beaucoup de choses calculées dans sa performance.
C’était échevelé, étrange, brouillon, aérien, légèrement bancal, glamour, romantique, vieux Hollywood… Tout ça.